Le Train-Train d’une (pseudo) Baroudeuse Fatiguée

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Quand le train qui devait m’emmener de Madgaon (Goa) à Cochin (Kerala) arrive en gare, ma morale…qui était déjà en berne depuis avoir été obligé de quitter le nord et mes histoires de Delhi-belly…plonge encore un coup. Comme d’habitude, le train n’était pas dans ses premiers années mais la classe « sleeper » (4ème classe sur 5) me semblait encore plus glauque que d’habitude. C’était peut être parce que cette fois-ci c’était pour moi. Pour la première fois je me demandais pourquoi je m’infligeais tout ça et pourquoi je ne prenais pas l’avion ou une voiture privée puisque financièrement c’était tout à fait dans mes moyens. Je décide de monter à bord et redescendre aussi vite si je ne la sentais pas – sans vraiment définir les raisons de rester ou de partir.

Je récapitule pour vous les classes de train en Inde : il y en à 5 en tout: 1 AC: 4 par compartiment fermé avec porte, clim’, draps, serviette. Petit déjeuner proposé. 2 AC: 4 par compartiment avec rideau, clim, draps, parfois serviette. 3 AC: 6 par compartiment avec rideau, clim’, draps. Sleeper (c’est surtout ce qu’il n’y a pas qui compte): 6 par compartment, pas de vitres, pas de clim’, pas de rideau, pas de draps, pas de porte qui sépare les toilettes de la couloir, pas de poubelle. No reservation: comme les sleeper mais bien pire encore car pas de quoi s’allonger, juste des places assises pour les plus chanceux, sinon c’est debout, assis ou couché sur le sol. Ceux qui l’ont « fait » s’en souviennent. En ce qui concerne les classes 2AC, 3AC, et Sleeper il existe aussi des places le long du couloir avec 2 couchettes, un au dessus de l’autre et la couchette du bas se transforme en 2 sièges face à face pendant la journée. La classe Sleeper n’est vraiment pas cher (je comprends pourquoi) , et pour vous donner une idée, le trajet de 17 heures entre Goa et Cochin ne coûte que 600 roupies…8€50.

Donc faute de place dans toutes les classes AC j’étais en Sleeper. Je monte à bord et on me regarde comme une bête curieuse, mais ça j’ai l’habitude maintenant et ça ne me dérange pas plus que ça. Les indiens « fixent » avec leur regard (et quel regard intense) les occidentaux car sauf dans les sites et endroits vraiment touristiques, on n’en croise pas énormément. Je découvre mes compagnons de voyage : un jeune couple, un homme de 45 ans environ, un jeune qui reste assis sur sa couchette du haut et une femme qui ne parle pas un mot d’anglais mais me fascine car elle est arrivé dans le compartiment avec ses cheveux trempés et peignés comme si elle est venait de les laver. Mais où est elle allée faire ça? Et comment? Dans le couloir en face il y a un jeune couple, frère et sœur ou jeune mariés, c’est difficile à différentier les deux car les hommes et les femmes entre eux ne montrent jamais en public des signes d’affection. Je décide d’arrêter de râler (à moi toute seule) et de rester. Après tout, je râlais en partie parce que je trouvais que le sud semblait fade après le nord. Donc voici de quoi pimenter mon voyage et c’est juste un expérience de plus, je ne vais pas en mourir et apres tout, si c’est assez bien pour ces jeunes gens c’est assez bien pour moi. Voilà.

Je dis mon « Namaste », une sourire et un petit « coup » de la tête, je pousse mon gros sac sous la banquette et je me pose en face des jeunes. Tout le monde continue à s’étaler et garde leurs pieds nus sur « ma banquette ». Ils sont à l’aise, ça ne fait de mal à personne et mes sensibilités occidentales me font sourire. Je me mets à l’aise aussi et décide de casser la glace et d’ouvrir la « conversation » avant qu’on me pose l’inévitable question de où je viens. Les jeunes ne parlent que quelques mots d’anglais mais j’apprends qu’ils sont frère et sœur de 20 et 21 ans. Ils vont descendre du train en plein nuit à 3h du matin. Ensuite ils vont attendre leur bus qui arrive à 5h pour faire encore deux heures de trajet avant d’arriver à leur destination. Ça n’a pas l’air de les effrayer, les stresser ou de les énerver, c’est normal et ils semblent heureux comme ça. Ils rigolent entre eux, ils sont mignons ces deux. C’est eux qui sont dans la photo juste au dessus.

Le monsieur de 45 ans me parle…il parle bien anglais. Ça y est…les questions habituelles : d’où je viens? Je voyage seule? J’ai de la famille? Où sont ils? Les âges de mes enfants? Leur sexe? Est ce que c’est ma première fois en Inde? Je réponds et il distribue mon CV à tout bon entendant. Comme ça c’est fait. De mon tour je lui pose aussi les mêmes questions (sauf la dernière), on se sourit, tout va bien.

Le couloir est très animé, des marchands vous proposent à des trucs à manger dans des barquettes en alu, à boire, l’inévitable thé Chaï, des bonbons, des parfums…et quelques enfants-mendiants. Faire de la manche en « Sleeper » n’est pas très futé quand même mais je crois qu’ils sont refouler à l’entrée dans les classes avec AC. Je donne un paquet de biscuits à un enfant qui rampe sur ses fesses avec la main tendue, mais ça n’a pas l’air de l’exciter plus que ça. Il l’arrache de ma main et regarde le paquet avec mépris. Les autres l’ignorent et il s’en va en rampant, la main tendue…

Le train repart et c’est l’heure de dîner et tout le monde chez moi s’installe avec leur barquette en alu avec leur riz-curry sur leur genoux et moi avec ma banane. Je dois faire pitié car tout le monde me propose de partager leur repas. Quelle générosité et sens de partage extraordinaire. Pour mettre personne dans l’embarras, je refuse poliment en expliquant que j’avais dîné avant. Grosse mensonge, mais je ne voulais pas leur faire encore plus pitié avec les raisons de ma régime imposée. Dîner terminé, on fait quoi avec les barquettes, couverts et bouteilles en plastique? On est en Sleeper, il n’y a pas de poubelles, il n’y a pas de vitres, donc n’y a qu’à tout balancer par la fenêtre du train. Mais bien sûre, j’étais bête de ne pas y penser. Tout le monde le fait sans se poser le moindre question. La touriste reste bouche bée et se dit qu’il est temps qu’ils mettent des vitres en Sleeper.

Allez dodo! La femme me fait signe qu’elle veut se coucher et comme elle est juste au dessus du moi (j’ai piochée couchette du bas) il faut qu’on abaisse sa couchette ce qui fait que je ne pourrais plus m’assoir donc suis obliger de me coucher aussi. Je me glisse dans mon petit « sac à viande » (mais pourquoi on les appel ainsi???) en soie écru de Décathlon (ça fait très chic en sleeper) et je m’allonge coté tête vers la fenêtre – je ne peux pas dire vitre parce qu’il n’y en a pas -, et je me rends compte que ça va être un miracle si je dors vu le bruit du train et surtout l’odeur du fumée qui rentre dans la gorge et les poumons. Puis je reconnais un autre odeur…l’odeur nauséabond des toilettes (que je vais être obligée de visite une fois mais je vous épargne les détails…de toute façon, je plisse les yeux pour ne pas trop voir et je fais de l’apnée le temps qu’il faut) et je suis bien écœurée. Y en a marre. Je fais une petite boule avec mon drap et je mets mon nez dedans pour filtrer le plus possible. La nuit va être longue…

Les autres descendent en plein milieu de la nuit comme prévue et ils ont même la gentillesse de me dire au revoir. D’autres les remplacent, 3 mecs bien bruyants comme s’il est 10h du matin. Mais je sais qu’ils ne sont pas une exception, tout le monde ici fait pareil. La première fois que ce m’est arrivé, , j’envoyais des grand « chuuuuuuts » mais tout le monde s’en foutait et continuait à rire, parler au téléphone, discuter entre eux. Maintenant je sais que c’est comme ça et tant pis pour moi si je n’arrive à plus s’endormir après. Le mec en face de moi n’a aucun problème pour s’endormir et se met à ronfler que seulement le bruit du croisement avec un autre train arrive à couvrir.

Quand le jour se lève, les mecs continuent à dormir – avec effet sonores – et le train s’arrête dans des petites gares. C’est l’heure pour les vendeurs de chaï à monter à bord pour nous vendre toutes sortes de petit déj. Le jeune couple dans le couloir s’active…brossage des dents, elle refait sa natte de cheveux. Je demande la permission de la prendre en photo, son frère/mari trouve cela amusant.

Les mecs se réveillent, terminus pour tout le monde. Il est 11h et on arrive (enfin) dans la gare de Ernakalum qui est celle qui dessert Fort Cochin qui est dans l’état du Kerala. Je n’ai jamais été aussi heureuse à descendre d’un train et je ne suis pas d’une première fraîcheur, maintenant il faut trouver un guesthouse pour poser mes affaires…

 

 

 

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  1. Bonsoir Hélène,
    je lis tes mots comme le livre de cette anglaise « le cercle des éplucheurs de pommes de terre », c’était avec impatience que je lisais chaque lettre et c’est avec impatience que j’attends tes articles.
    Je suis partie une semaine sur la côte Soulacaise. Le bruit des vagues, la vue de la mer, les marches siliencieuses sur la plage et les méditations courtes dans la basilique de Notre dame de la fin de la terre, m’ont apportés une paix que je recherchais depuis quelques mois. biz Anne

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