Sur la Route de Madurai

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Je décide d’être sage, de me faire plaisir et prendre une voiture avec chauffeur – aussi connu sous le nom de taxi – pour aller à Madurai qui est dans l’état de Tamil Nadu. Ça suffit les trains et les bus maintenant, il faut prendre soin de soi et de ses doshas. Et puis ça va rassurer la mifa et lezami en France. The ol’ hippie’s travelling in style. Back to the high life! Cinq à six heures de route apparemment, donc je prévois de passer au moins une nuit à Madurai et descendre le lendemain à Rameswaram une petite bout de terre pointue qui touche (presque) le Sri Lanka qui est, selon el Routardo, un mini Varanasi.

À vrai dire, je ne sais pas ce qui est plus fatiguant…le train, le bus ou le taxi. Sur papier la voiture semble une super idée, et j’ai bien entendue vos soupirs de soulagement (« aaah enfin elle ne se prend plus pour une fauchée de 20 ans »!) mais nerveusement c’est le pire de tous les transports car on échappe (ou pas) à un accident fatal tous les dix minutes, il faut avoir le cœur bien accroché et/ou croire dans la réincarnation, ou être déjà morte. Si ça c’est « traveling in style », je sais de quel côté je penche…

J’ai bien épluchée les pages du guide pour trouver un hôtel sympa et confortable à Madurai…mais il n’y en a pas! Il y en a un mais à l’extérieur de la ville donc laisse tomber. Je regarde dans la catégorie « chic »….les hôtels ont des noms comme « Suprême », « Majestic », « Rajna Palace »…vous voyez le genre. Tous dans la même rue à 300m du temple Sri Meenakshi. Parce que c’est ça l’objet de mon voyage, c’est ça que je suis venue voir. Pendant ces deux mois je ne vous ai pas beaucoup saoulé avec des temples parce que c’est vrai, il y en a partout : des grands, des petits, des moches, des jolis, des vieux, des jeunes…comme les mecs. Et quand vous avez vu un…

Je visite trois hôtels et comme leurs noms indiquent, ils sont totalement dénués de charme et bourrés des meubles en velour marron. Ils sont tous plus sombres les uns que les autres, les ascenseurs ont des boutons cassés, les réceptionnistes ont leur cravates de travers, les chambres sont propres mais ont des vues sur des murs, il y a la télé dans les chambres et le journal qui est glissé sous la porte le matin (pour compenser la manque de vue?). Il est 14h quand nous sommes arrivés et je laisse mon chauffeur chercher un hôtel pour lui (n’oubliez pas ce détail s’il vous plaît) et je lui donne rendez vous pour le lendemain matin.

Je suis affamée et je décide de déjeuner au restaurant de l’hôtel qui réussi à être encore plus sombre que le reste. Je suis toute seule parmi les cinq ou six serveurs dans la salle. Je m’installe, je regarde la carte, je la ferme…on me regarde…et on me regarde. On se regarde mutuellement. Ça dure cinq minutes avant que quelqu’un vient prendre ma commande. Je sors mon bouquin pour lire mais il est vraiment trop sombre. Je demande s’il est possible d’allumer les lumières…il est. Ça ne change pas grand chose mais j’arrive à déchiffrer les mots, détail important quand on veut lire. Les serveurs se sont groupés devant un immense ventilateur à pied, et je sens qu’ils parlent de moi (je me prépare pour les questions qui ne vont pas tarder…). Peu importe, je les ignore et je reprends ma lecture tranquillement…et tout d’un coup c’est la grosse tempête dans la salle. La nappe et les pages du livre sont pris dans un tourbillon, mes cheveux s’envolent dans tous les sens, la peau de mon visage et même mes cils se sont plaqués en arrière comme si je faisais un tour dans un décapotable. Il ne manque que la pluie. Je termine par oser ouvrir les yeux pour voir ce qui se passe. Peut être ils croyaient que j’avais chaud (je n’avais pas) mais les serveurs ont pris l’initiative de placer le ventilo géant juste devant ma table, face à moi et à vitesse turbo. Je fais des signes de détresse avec mes bras…no no thank you, je préfère sans! Ils ont l’air déçus.

Le temple de Sri Meenakshi est le deuxième plus grand temple de l’Inde et comme toujours dans les grand temples c’est une ville dans la ville. Les non-hindous ne peuvent pas accéder à tous les temples, surtout dans le sud, donc quand je peux je profites pour faire un tour. Il n’ y a que la (et dans ce cas, les) sanctuaire centrale que je ne peux pas visiter. Ce temple est absolument magnifique, les indiens en sont très fiers (ils ont raison) et on me demandait souvent au cours de ces deux mois si j’avais visité le temple Meenakshi. J’ai bien fait de venir parce que j’ai eu de la chance à tomber sur un excellent guide dont c’est le métier depuis 25 ans et qui parle (et c’est loin d’être toujours le cas) un anglais correct et compréhensible. C’est quand même idiot – mais ça m’est arrivé – de recupérer un guide dont on ne comprend qu’un mot sur cinq. À Varanasi aussi j’ai eu de la chance à faire un rencontre avec un vieux qui m’a bien expliqué les rituels des crémations. Un vrai guide va aussi vous éviter de faire des « donations » à chaque personne dans le temple qui demande. Ici il faut avoir toujours pleins de « petits » billets de 5 et 10 roupies plus des pièces de 1 et 2 pour des donations dans les temples sinon vous vous faites avoir en long, en large et en travers…ce qui m’est jamais arrivé bien sûre.

Allez, trois minutes de culture : Le temple Meenakshi est un lieu de pelerinage et tout bon hindou doit le rendre visite au moins une fois dans sa vie. Meenakshi (qui veut dire « yeux de poisson »…personnellement je peux penser à d’autres noms plus jolis que ça) était un avatar de Pavrati, la femme de Shiva et Shiva et Meenakshi se sont mariés ici. Je ne veux pas vous ennuyer avec les histoires compliquées de Shiva ou des détails du temple mais quelques chiffres juste pour vous donner une idée de la taille de celui-ci : il a 11 « gopurams », (les tours avec tous les sculptures) dont certains mesurent 60m de haut! Il y a 30000 sculptures et le temple reçoit 15000 visiteurs par jour (quand même) et pendant les 10 jours du festival Thirulayakum…qui a lieu en ce moment…il attire un million de personnes! Le bassin de purification est très beau mais n’est pas en « fonctionnement » à cause des problèmes d’hygiene…

Les plafonds et colonnes ont été peints grossièrement avec des couleurs flashy à l’indienne, mais apparemment à l’origine il n’y avait que les figurines sur les « gopurams » qui étaient peintes sinon la pierre étaient brut de tout couleur, ce qui devait être beaucoup plus élégant. Ce n’est que dans les années 60 qu’il se sont mis à peindre les plafonds et colonnes de ces monuments, et c’est vrai que, a mes yeux, l’effet est un peu Disneyland, rarement réussi, souvent grotesque et toujours dommage.

Visite terminée, je pars dîner en ville et je me couche dans mon hôtel qui était encore plus sombre quand je suis arrivé dû à une panne de courant – c’est « courant » ici (désolée) – et une panne de générateur. Pour éclairer les cages d’escalier on avait mis des bougies sur les marches…imaginez…un petit coup de sari et wooosh!

Le lendemain matin après mon petit déjeuner – bien à l’écart du ventilo Hollywoodien – et mon check-out, je retrouve mon chauffeur pour aller à Rameswaram. Sur la route, juste au sud de Madurai on s’arrête à un autre temple: Tiruparankundram, magnifique aussi. Il a été construit contre une petite montagne et un peu en troglodyte. Il y avait beaucoup de monde, beaucoup de ferveur religieux. Je visite avec un faux-guide qui parle mal anglais mais je laisse faire. Je fais les marquages horizontales en blanc (qui représente les cendres…qui pour l’histoire est fait de caca de vache brûlée et parfumée) et le point rouge (qui représente le sang) sur le front, je reçois le « puja », la cérémonie par un des brahmine, j’achète des offrandes…noix de coco, bananes…et je m’en vais, prête à descendre à Rameswaram.

À peine sur la route je remarque que mon chauffeur Santosh n’est pas super-super bien. Il a la bougeotte que je sens n’est pas dû à un excès de Vata, mais à une manque du sommeil. Il nie sa fatigue et me dit que tout va bien. On continue mais je ne suis pas tranquille et je décide qu’il va falloir raccourcir la route et retourner à Kovalam, tant pis pour Rameswaram. Je continue à surveiller Santosh et comme il me disait que tout allait bien je pose ma question différemment …où est ce qu’il a passé la nuit? Dans la voiture me dit-il et il y avait beaucoup de moustiques. Je suis horrifiée. Je n’avais pas discuté son prix, j’avais bien demandé si le logement était compté dedans…et là il s’endort au volant et il nous reste encore cinq heures de route. En plus il n’a pas pris le temps de dejeuner, même pas un chaï. Je dois insister pour qu’il s’arrête pour se reposer et manger quelque chose. Quinze minutes plus tard, Santosh reprend le volant (il refuse de me le céder) et c’est parti pour cinq heures de miracles.

Je suis contente de revenir (en vie) à Kovalam, et je profite pour changer de guesthouse pour avoir une chambre sur le front de mer et avoir du Wifi…qui n’est pas évident, mais c’est fait, c’est trouvé, j’ai une chambre tout mignon au dessus de Leo’s restaurant et cybercafé. J’ai un peu l’impression d’être chez moi ici: les vieux vendeurs sur la digue de Kovalam me connaissent tous par coeur mais ça ne les empêche pas de déplier et secouer des paréos et des nappes inlassablement sur mon chemin dans l’espoir de faire une vente ou deux en me jurant que c’est pas cher; les (jeunes) vendeurs dans les boutiques m’invitent à rentrer à l’intérieur, les prix sont à la baisse ils disent et les serveurs devant leur restaurant m’invitent aussi à manger ou prendre un chai; les vieilles vendeuses d’ananas m’appellent par mon prénom; les mendiants me saluent et me demandent comment je vais, avant de reprendre leur quête. Je salue tout le monde, j’arrête pour discuter avec certains, parfois j’achète une babiole et je continue à me faire dorloter par Jaya. Cet après-midi je me fais une beauté pour être moins bab’s à Roissy CDG.

Il me reste un jour avant de rentrer en France pour retrouver mari, enfants et amies. Ça me donne juste le temps de clôturer ce voyage avec un dernier blog comme promis…un clog, un bilan de mes (premiers) deux mois au Mother India.

À bientôt…

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