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Vibrante Varanasi

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Depuis l'année dernière je rêvais de revenir ici à Varanasi (anciennement connu sous le nom de Benares et encore avant Kashi). C'est à Varanasi que la vie est la plus vibrante et pourtant c'est une ville où la mort est continuellement présente puisque c'est ici que les vieux choisissent de venir pour mourir, dans la ville sainte de Shiva, sur les bords de la Mère Ganga. C’est ici qu’on peut espérer de couper court à l’enfer du cycle de réincarnation et libérer son âme et atteindre le Moksha, l’équivalence hindou de Nirvana. Les crémations continuent jour et nuit sur les « Burning Ghats », et à tout moment on peut aller assister aux rituels car rien n'est caché en Inde.

L'année dernière, lors de ma première visite, le mousson n'était pas encore arrivé et je pouvais me balader le long des Ghats (des très longues et larges marches qui relient la ville avec la fleuve) et on pouvait louer un bateau à rames pour assister – emerveillée – aux ablutions, crémations, baignades, rituels hindous…

Cette année c'est rien à voir. Les Ghats n’y sont plus puisqu’ils sont entièrement noyés sous la Ganga, les bateaux sont interdites de sortie car le courant est très puissant et dangereux . Les seuls bateaux qu’on puisse apercevoir sont les bateaux remplis de bois pour les crémations. Du coup on passe beaucoup plus de temps à flâner de l'autre côté de Varanasi…dans les labyrinthes des minuscules ruelles, bordés d'echoppes de bouffe et petites « boutiques » proposant des soies, pashminas, sarouels, saris, bijoux, henné, feuilles de bétel avec le paan, « beedies », bonbons…. Les woks bouillanant de preparations savoureuses côtoient les urinals ouverts pour les hommes. Les narines doivent s'habituer en un rien de temps à des odeurs très forts et inhabituels. La vue aussi. À première vue dans une ruelle on pourrait croire que tout Varanasi y vomissent leurs tripes, mais ce n'est pas de tout ça. C’est des offrandes aux vaches – qui tiennent une immense place littéralement et figurativement en Inde et plus particulièrement à Varanasi – quand on regarde de plus près on reconnaît les restes de dals, sauces, masalas, chapattis, chaï, bouteilles et sacs en plastique et Shiva sait quoi encore.

On adore ou on déteste Varanasi. Je n'ai pas besoin de vous dire de quel côté je me range, et je voulais partager mon enthousiasme avec Louis. La saleté, la pauvreté, les lépreux, les arnaques, oui, tout cela est très présent, mais il faut passer au delà de ces premières impressions, il y a aussi autre chose. Une spiritualité très profonde, les chants constants et envoutants des écoles védiques, les pujas (prières) des brahmanes, le son des sitars et tablas….et l'immense générosité des gens. Comment ne pas être envoûté? Comment ne pas revenir?

Malheureusement Louis n'a pas pu ni voir les Ghats ni se promener dessus, donc c'est vrai que quelque chose était manquant, mais il a appris à slalomer entre les bouses de vaches – et c'est rassurant de voir que parfois, comme nous, les vaches souffrent aussi du Delhi-belly – à discuter avec les vendeurs, s'assoir sur un petit tabouret et accepter un chai d'un passant…

Scène très typique

Normalement on devait rester 3 jours ici et ensuite aller à Khajaraho comme presque tout le monde. J'ai annulé nos trains pour Khajaraho et on a décidé de se poser une semaine sur place dans ce paradis/enfer. On a bien fait. J'ai vécu des moments que je n'oublierai jamais, on a rencontré des personnes exceptionnels. On a marché dans les ruelles en long et en large tous les jours, et quand on est parti avec nos sacs sur le dos, les habitant nous ont salués des grands Namaste avec leurs cœurs. On a fait deux heures de yoga chaque matin avec un prof formidable, on est allée aux burning ghats, mais surtout, surtout on a rencontrer des belles personnes.

Varanasi je t'aime. Je vous raconterais dans le prochain post des petits moments de bonheur. Namaste, Om Shanti.

 

J'aime les vélos, n'aimes les ruelles

 

Fabriquant le curd le yaourt

 

 

 

 

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Père en Moto avec ses Enfants

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Je me demande combien de motos il y a par habitant en Inde. Elles font partie de la génétique maintenant et elles ont le chic d'être là – la plupart de temps garées – où il ne faut pas être et peuvent gâcher une magnifique photo potentielle.

Et parfois – non garées – elles sont elles-mêmes les raisons de superbes images….avec des cargaisons souvent invraisemblables et parfois miraculeux ou des familles entières dessus, la femme assise en amazone avec un bébé dans les bras, un ou deux enfants coincés entre elle et son mari, encore un enfant entre le père et le guidon. Hier, sous la flotte, on a croisé un couple avec un chien devant…la femme, assise derrière, tenait aussi bien qu'elle pouvait une parapluie verte pour essayer de protéger son mari – ou le chien – de la pluie.

Voici un père de famille sur son moto à l'arrêt avec ses trois enfants. On patientait tous sur la route entre Ranakpur et Udaipur à un passage ferroviaire. Le train prenait son temps d'arriver, assez de temps de faire connaissance avec ce jeune papa et ses beaux enfants. Jolis moments…

 

 

 

Je ne pouvais pas résister. Absolument pas réussie, mais elle me plaît

 

Le Clog Indien

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Namaste 🙂

Le clog indien…on dirait une affliction mortelle ou presque comme le fog londonien ou le smog parisien…mais non, c’est beaucoup plus frivole que ça, ce n’est que la clôture du blog de ce voyage. Jusqu’au prochain qui a déjà pris naissance dans ma tête…

C’est la première fois que ça m’arrive mais je ne sais pas comment démarrer ce blog. Je sais ce que je veux dire mais je ne sais pas par quoi commencer…ni comment. En gros je voudrais raconter les choses qui m’ont marquées ici en Inde, des choses dont je n’y attendais pas, et les choses dont j’attendais…et qui n’y etaient pas! Ça s’appel des surprises. Du coup ça risque de faire un peu « liste ».

On dirait que je ne suis jamais sortie de l’Europe, il n’y a rien de plus faux, c’est juste voyager ailleurs et « autrement », de façon plus « slow », du backpacking, avec (souvent beaucoup) moins de confort et plus d’imprévus qui est relativement nouveau pour moi, ça ne date que de ces derniers années. Malgré les difficultés, les incertitudes, la fatigue et la manque de confort, voyager comme ça, simplement, me plaît énormément. C’est un choix de vacances…pourtant je suis loin d’être fauchée (pour l’instant) et je suis assez dépensière quand ça me prend, mais ces parenthèses « roots » me font du bien, me font évoluer. Je me rends compte que vu de l’extérieur ça peut sembler assez maso pour certains, mais ce ne l’est pas, c’est changer de mode et de style vie de celle que j’ai chez moi qui m’attire, voir le monde autrement peut être pour mieux apprécier – ou déprécier – mon petit monde et ma propre mode de vie. Les trains et les bus locaux ne sont pas forcement d’un grand confort (les trois premières clesses en train sont parfaitement acceptables) mais ils ont une charme indéniable qu’on ne trouve pas dans une voiture avec clim’, mais c’est également vrai que la voiture a l’avantage de pouvoir s’arrêter où on veut, de faire des détours dans des villages, pour voir des choses qu’on ne verrait jamais avec le train ou le bus. En ce qui concerne l’avion, le moins possible…le notion de « voyage » est perdu, et c’est de nouveau dans le  » va vite ».

C’est aussi le premier long voyage – un peu plus de deux mois – que j’ai fait seule, non-accompagnée et ça aussi était une très belle expérience avec des hauts et des bas, des avantages comme des inconvénients. Parfois je m’observais très heureuse, vraiment très heureuse de vivre ces moments seules, mais il y a eu aussi des instants que j’aurais préférée partager avec mon homme, ma fille, un de mes fils, une copine…mais la manque, tout comme l’ennui et la solitude est souvent une bonne chose, à condition que ça ne dure pas trop longtemps.

Une de mes plus grandes chances dans la vie est de la partager depuis plus de 20 ans avec un homme qui n’a pas peur…et comme il n’a pas peur, il ne se perd pas dans les traditions sociales embetisantes. Il me « laisse » partir parce qu’il sait que c’est bon pour moi. C’est une grande preuve d’intelligence et de l’amour (et de générosité bien sure) et je ne peux admirer et espérer que je saurais faire pareil avec autant de sincérité. Mes enfants aussi m’encouragent à être moi-même et je les remercie de n’avoir jamais porté de jugement sur les choix que j’ai fait dans ma vie…et pourtant ça ne devait pas toujours été facile pour eux.

Ces voyages sont aussi, peut-être surtout, des voyages « intérieurs » qui, petit a petit, modifient ma structure, mes croyances et mes pensées. Les enseignements de Jiddu Krishnamurti – un des plus grands philosophes et penseurs non-conventionels et de l’inde (donc du monde) – et S.N Goenka (voir le blog sur Vipassana) sont universelles et absents de tout discours religieux et sont mes grands inspirations. Les écrits de leurs enseignements m’accompagnent lors de mes voyages lointains et intérieurs et m’apprenent à réfléchir autrement et à quitter la route pour découvrir des chemins plus en harmonie avec la nature et l’homme.

Allez, ça suffit! Parlons de mes surprises indiennes, grandes et petites, bonnes et mauvaises. Il y en a beaucoup et il y en a surement des magnifiques que je vais oublier et je vais m’en vouloir d’ici deux jours…! Voici celles qui me viennent à l’esprit toute de suite. Dans le désordre…

  • Des cafards. Ben, good news…il n’y en a pas!!! J’ai vu UN SEUL CAFARD EN NEUF SEMAINES et c’était dans un bateau. C’est assez connue dans mon entourage proche, je ne gère pas bien les cafards et dans les pays tropicaux je redoute leur apparition le soir quand tout le monde est couché et en pleine nuit quand on doit se lever pour aller faire pipi. Je n’ai pas vu des rats non plus. Pas de cafards, pas de rats, et pourtant je n’ai pas toujours été dans les quartiers les plus salubres, ça on sait. PS: je rajoute une petite post-scriptum car le seul cafard d’Inde est venue me saluer, me dire au revoir dans ma salle de bain à 1h ce matin…le timing m’a fait sourire…

  • L’Inde n’est pas si sale que ça, en tout cas c’est beaucoup moins sale que j’avais imaginé, mais ça c’est peut être parce que mes critères de « sale » ont été déformées par dix ans en Afrique de l’ouest et treize ans à Paris. Certes, Varanasi est cra-cra mais ça cest à cause du trop grand nombre de vaches. Les chambres de guesthouse et hotels que j’ai pu visité ont toujours été propres, parfois les draps et serviette de bain sont un peu gris mais je n’ai jamais refusé une chambre à cause de la manque de propreté.

  • La securité. Avant de venir ici, une question récurrente qu’on me demandait c’était de savoir si je n’avais pas peur. Peur…encore ce poison abstrait qui nous empêche de vivre, qui nous paralyse, qui nous rend bête…et qui font que certains perdent leur raison et intelligence lors des élections présidentiels. Non, je n’avais pas vraiment peur avant de venir, parfois des angoisses, mais pas peur. Et j’avais raison car je me suis toujours sentie en totale sécurité partout où j’allais quelque soit l’heure du jour (je ne suis jamais été dehors tard le soir). Je n’ai jamais eu le sentiment qu’on souhaitait me dérober de quoi que ça soit non plus. Les gens sont curieux du iPad si je l’utilise en public, parfois viennent le voir et posent des questions, je les invite à l’essayer, le « swiper », ils sont ravis (moi aussi).

  • Les indiens sont naturellement et incroyablement curieux, vraiment. Ils veulent TOUS savoir de quel pays on vient. Ça peut être lassant si on n’est pas en forme ou on n’a tout simplement pas envie de de parler ce jour là, mais c’est toujours fait avec un bon esprit. N’ayant pas une réponse simple à cette question pourtant simple, je disais « partout dans le monde » ou « beaucoup d’endroits dans le monde ». Je voyais bien que cette réponse ne rentrait pas toujours dans la case prévue et ils avait l’air perplexe, et parfois ils poussaient plus loin leur curiosité et souvent ça se terminait par des discussions très intéressantes. Les indiens aiment discuter, ils sont toujours prêts à discuter -même ceux qui ne parlent pas anglais! – et ça nous permet d’apprendre plein de choses.

  • Le regard envoûtant. Il faut s’y attendre à être regardé, mais vraiment « Regardé » avec un grand R. Le mot en anglais c’est « stare » et chez nous ca ne se fait pas mais chez eux si! C’est comme ça. Pourtant je n’ai jamais sentie que c’était des regards malsains mais plutôt juste de la curiosité. On peut comparer cela a notre (en tout cas le mien) regard envers eux, curieux, bienveillant.

  • Les photos. Ils aiment les photos…ils aiment être pris en photos (les jeunes hommes en demandent souvent) et être pris en photo à côté de nous et ils aiment en prendre. Comme nous, mais differement. Partout et dans tous les circonstances…ça m’est arrivé même en méditant sur la plage…j’ai sentie une présence à côté de moi et quand j’ai ouvert mes yeux il y avait une femme debout à côté de moi qui se faisait photographié par son mari!

  • Chez les indiens le sourire n’est jamais très loin (ça va me changer demain à Roissy) avec une bonne humeur particulièrement prononcée dans le Kerala.

  • La Tolérance! Comme dans d’autres pays asiatiques que j’ai pu visitée, les indiens ne crient pas, les voix ne se lèvent pas. Ils ne s’insultent pas sur les routes…et pourtant il y a de quoi…ils se parlent toujours avec respect. Il ne faut pas oublier qu’ils sont très nombreux, avec des regions, états, langues et religions variés, ça saute aux yeux qu’il il y a une surpopulation, la pauvreté touche la plupart de la population…mais ils font preuve d’une immense tolérance dont nous pouvons que tirer des leçons. Je pense que c’est la chose qui m’impressionne le plus. Quand, comment et pourquoi avons nous perdus ça…si on l’a eu?

  • Les indiens sont très généreux de cœur. J’ai pu témoigner de cela lors des repas…ce n’est pas dans leurs habitudes de manger hors de la maison ou restaurant, mais quand ils ne peuvent pas faire autrement ils proposent systématiquement de partager leur repas avec vous.

  • Les gens aiment rendre service et sont toujours prêts à vous aider (mon dieu ô mon dieu, comme le retour en France va être costaud…)

  • Les enfants ne pleurent pas, en tous cas on ne leur donnent pas la possibilité. Je n’exagère rien, Ici vous n’entendrez pas un enfant pleurer.

  • L’élégance indien. Les dhoti (des sarongs pliés en deux) et les chemises d’hommes sont toujours propres et bien repassés, et les femmes sont toujours très élégantes , souvent magnifiques dans leurs saris même celles qui viennent des populations parmi les plus pauvres. Les femmes sont toujours très bien coiffées, avec les cheveux souvent décorés avec une tresse de fleurs, surtout pour aller au temple.

  • La proportion homme/femme est flagrant, en faveur des hommes…et inquiétant

  • Les toilettes publics sont certes « à l’indienne » mais sont quasiment toujours propres (loin d’être le cas « chez nous ») même si les odeurs laissent désirer. J’attendais pire puissance 10.

  • Les indiens ont le business dans la peau. Il faut s’y attendre de se faire raquetter partout surtout quand on ne connaît pas les prix au début. Et même quand on connaît les prix, à défaut d’être un(e) connoisseur, c’est très difficile à savoir la qualité (soie, cachemire, pashmina etc) de ce qu’on propose. On dit souvent « never trust an indian »…en affaires, ce n’est pas faux! Donc oui, on se fait avoir en beauté…mais il faut relativiser, car se faire avoir en roupies n’est jamais douloureux. Évidemment il faut être prêt à jouer au jeu et discuter les prix…surtout avec les rickshaw (tuk-tuk) et taxis qui profitent à fond et ne sont pas tendres…

  • Il y a une différence flagrant entre les états et surtout entre le nord et le sud. C’est comme si on change de pays…le sud est plus doux, plus vert, plus joyeux, plus propre. Le nord (ce que je connais pour l’instant ce qui est peu) me semble plus dure, plus pauvre, plus spirituel, plus envoûtant.

  • En Inde il faut attendre à remplir des papiers partout où on va…pour une nuit dans un guesthouse à une réservation pour un train. Ça aide si on mémorise les détails du passeport et visa. Si on veut une carte SIM en Inde c’est les papiers multipliées par trois plus des 2 photos d’identité. Le pire c’est que ce n’est même pas sûre que la carte marche longtemps. Après trois carte SIM bloquées j’ai terminée par abandonner (et pourtant c’est pratique pour les hôtels).

J’ai eu des moments de grands frustration, surtout à cause de la bureaucratie mais je vis des moments de frustration aussi grands en France.

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Voilà! Je suis de retour en France depuis 24h…très heureux de retrouver ma famille et bientôt mes amis. Ma tête est remplie de très beaux souvenirs…mais, comment ne pas avoir envie de repartir? J’ai l’impression d’avoir levé un coin d’un premier page…

En attendant, j’ai découvert le plaisir de blogger, en tous cas ça me plaît beaucoup donc je vais continuer à blogger sur d’autres thèmes!

Je vous remercie encore pour vos nombreux messages, tellement sympas et encourageants, j’étais très touchée par cette générosité de prendre le temps de m’écrire. Merci…et à bientôt!

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Sur la Route de Madurai

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Je décide d’être sage, de me faire plaisir et prendre une voiture avec chauffeur – aussi connu sous le nom de taxi – pour aller à Madurai qui est dans l’état de Tamil Nadu. Ça suffit les trains et les bus maintenant, il faut prendre soin de soi et de ses doshas. Et puis ça va rassurer la mifa et lezami en France. The ol’ hippie’s travelling in style. Back to the high life! Cinq à six heures de route apparemment, donc je prévois de passer au moins une nuit à Madurai et descendre le lendemain à Rameswaram une petite bout de terre pointue qui touche (presque) le Sri Lanka qui est, selon el Routardo, un mini Varanasi.

À vrai dire, je ne sais pas ce qui est plus fatiguant…le train, le bus ou le taxi. Sur papier la voiture semble une super idée, et j’ai bien entendue vos soupirs de soulagement (« aaah enfin elle ne se prend plus pour une fauchée de 20 ans »!) mais nerveusement c’est le pire de tous les transports car on échappe (ou pas) à un accident fatal tous les dix minutes, il faut avoir le cœur bien accroché et/ou croire dans la réincarnation, ou être déjà morte. Si ça c’est « traveling in style », je sais de quel côté je penche…

J’ai bien épluchée les pages du guide pour trouver un hôtel sympa et confortable à Madurai…mais il n’y en a pas! Il y en a un mais à l’extérieur de la ville donc laisse tomber. Je regarde dans la catégorie « chic »….les hôtels ont des noms comme « Suprême », « Majestic », « Rajna Palace »…vous voyez le genre. Tous dans la même rue à 300m du temple Sri Meenakshi. Parce que c’est ça l’objet de mon voyage, c’est ça que je suis venue voir. Pendant ces deux mois je ne vous ai pas beaucoup saoulé avec des temples parce que c’est vrai, il y en a partout : des grands, des petits, des moches, des jolis, des vieux, des jeunes…comme les mecs. Et quand vous avez vu un…

Je visite trois hôtels et comme leurs noms indiquent, ils sont totalement dénués de charme et bourrés des meubles en velour marron. Ils sont tous plus sombres les uns que les autres, les ascenseurs ont des boutons cassés, les réceptionnistes ont leur cravates de travers, les chambres sont propres mais ont des vues sur des murs, il y a la télé dans les chambres et le journal qui est glissé sous la porte le matin (pour compenser la manque de vue?). Il est 14h quand nous sommes arrivés et je laisse mon chauffeur chercher un hôtel pour lui (n’oubliez pas ce détail s’il vous plaît) et je lui donne rendez vous pour le lendemain matin.

Je suis affamée et je décide de déjeuner au restaurant de l’hôtel qui réussi à être encore plus sombre que le reste. Je suis toute seule parmi les cinq ou six serveurs dans la salle. Je m’installe, je regarde la carte, je la ferme…on me regarde…et on me regarde. On se regarde mutuellement. Ça dure cinq minutes avant que quelqu’un vient prendre ma commande. Je sors mon bouquin pour lire mais il est vraiment trop sombre. Je demande s’il est possible d’allumer les lumières…il est. Ça ne change pas grand chose mais j’arrive à déchiffrer les mots, détail important quand on veut lire. Les serveurs se sont groupés devant un immense ventilateur à pied, et je sens qu’ils parlent de moi (je me prépare pour les questions qui ne vont pas tarder…). Peu importe, je les ignore et je reprends ma lecture tranquillement…et tout d’un coup c’est la grosse tempête dans la salle. La nappe et les pages du livre sont pris dans un tourbillon, mes cheveux s’envolent dans tous les sens, la peau de mon visage et même mes cils se sont plaqués en arrière comme si je faisais un tour dans un décapotable. Il ne manque que la pluie. Je termine par oser ouvrir les yeux pour voir ce qui se passe. Peut être ils croyaient que j’avais chaud (je n’avais pas) mais les serveurs ont pris l’initiative de placer le ventilo géant juste devant ma table, face à moi et à vitesse turbo. Je fais des signes de détresse avec mes bras…no no thank you, je préfère sans! Ils ont l’air déçus.

Le temple de Sri Meenakshi est le deuxième plus grand temple de l’Inde et comme toujours dans les grand temples c’est une ville dans la ville. Les non-hindous ne peuvent pas accéder à tous les temples, surtout dans le sud, donc quand je peux je profites pour faire un tour. Il n’ y a que la (et dans ce cas, les) sanctuaire centrale que je ne peux pas visiter. Ce temple est absolument magnifique, les indiens en sont très fiers (ils ont raison) et on me demandait souvent au cours de ces deux mois si j’avais visité le temple Meenakshi. J’ai bien fait de venir parce que j’ai eu de la chance à tomber sur un excellent guide dont c’est le métier depuis 25 ans et qui parle (et c’est loin d’être toujours le cas) un anglais correct et compréhensible. C’est quand même idiot – mais ça m’est arrivé – de recupérer un guide dont on ne comprend qu’un mot sur cinq. À Varanasi aussi j’ai eu de la chance à faire un rencontre avec un vieux qui m’a bien expliqué les rituels des crémations. Un vrai guide va aussi vous éviter de faire des « donations » à chaque personne dans le temple qui demande. Ici il faut avoir toujours pleins de « petits » billets de 5 et 10 roupies plus des pièces de 1 et 2 pour des donations dans les temples sinon vous vous faites avoir en long, en large et en travers…ce qui m’est jamais arrivé bien sûre.

Allez, trois minutes de culture : Le temple Meenakshi est un lieu de pelerinage et tout bon hindou doit le rendre visite au moins une fois dans sa vie. Meenakshi (qui veut dire « yeux de poisson »…personnellement je peux penser à d’autres noms plus jolis que ça) était un avatar de Pavrati, la femme de Shiva et Shiva et Meenakshi se sont mariés ici. Je ne veux pas vous ennuyer avec les histoires compliquées de Shiva ou des détails du temple mais quelques chiffres juste pour vous donner une idée de la taille de celui-ci : il a 11 « gopurams », (les tours avec tous les sculptures) dont certains mesurent 60m de haut! Il y a 30000 sculptures et le temple reçoit 15000 visiteurs par jour (quand même) et pendant les 10 jours du festival Thirulayakum…qui a lieu en ce moment…il attire un million de personnes! Le bassin de purification est très beau mais n’est pas en « fonctionnement » à cause des problèmes d’hygiene…

Les plafonds et colonnes ont été peints grossièrement avec des couleurs flashy à l’indienne, mais apparemment à l’origine il n’y avait que les figurines sur les « gopurams » qui étaient peintes sinon la pierre étaient brut de tout couleur, ce qui devait être beaucoup plus élégant. Ce n’est que dans les années 60 qu’il se sont mis à peindre les plafonds et colonnes de ces monuments, et c’est vrai que, a mes yeux, l’effet est un peu Disneyland, rarement réussi, souvent grotesque et toujours dommage.

Visite terminée, je pars dîner en ville et je me couche dans mon hôtel qui était encore plus sombre quand je suis arrivé dû à une panne de courant – c’est « courant » ici (désolée) – et une panne de générateur. Pour éclairer les cages d’escalier on avait mis des bougies sur les marches…imaginez…un petit coup de sari et wooosh!

Le lendemain matin après mon petit déjeuner – bien à l’écart du ventilo Hollywoodien – et mon check-out, je retrouve mon chauffeur pour aller à Rameswaram. Sur la route, juste au sud de Madurai on s’arrête à un autre temple: Tiruparankundram, magnifique aussi. Il a été construit contre une petite montagne et un peu en troglodyte. Il y avait beaucoup de monde, beaucoup de ferveur religieux. Je visite avec un faux-guide qui parle mal anglais mais je laisse faire. Je fais les marquages horizontales en blanc (qui représente les cendres…qui pour l’histoire est fait de caca de vache brûlée et parfumée) et le point rouge (qui représente le sang) sur le front, je reçois le « puja », la cérémonie par un des brahmine, j’achète des offrandes…noix de coco, bananes…et je m’en vais, prête à descendre à Rameswaram.

À peine sur la route je remarque que mon chauffeur Santosh n’est pas super-super bien. Il a la bougeotte que je sens n’est pas dû à un excès de Vata, mais à une manque du sommeil. Il nie sa fatigue et me dit que tout va bien. On continue mais je ne suis pas tranquille et je décide qu’il va falloir raccourcir la route et retourner à Kovalam, tant pis pour Rameswaram. Je continue à surveiller Santosh et comme il me disait que tout allait bien je pose ma question différemment …où est ce qu’il a passé la nuit? Dans la voiture me dit-il et il y avait beaucoup de moustiques. Je suis horrifiée. Je n’avais pas discuté son prix, j’avais bien demandé si le logement était compté dedans…et là il s’endort au volant et il nous reste encore cinq heures de route. En plus il n’a pas pris le temps de dejeuner, même pas un chaï. Je dois insister pour qu’il s’arrête pour se reposer et manger quelque chose. Quinze minutes plus tard, Santosh reprend le volant (il refuse de me le céder) et c’est parti pour cinq heures de miracles.

Je suis contente de revenir (en vie) à Kovalam, et je profite pour changer de guesthouse pour avoir une chambre sur le front de mer et avoir du Wifi…qui n’est pas évident, mais c’est fait, c’est trouvé, j’ai une chambre tout mignon au dessus de Leo’s restaurant et cybercafé. J’ai un peu l’impression d’être chez moi ici: les vieux vendeurs sur la digue de Kovalam me connaissent tous par coeur mais ça ne les empêche pas de déplier et secouer des paréos et des nappes inlassablement sur mon chemin dans l’espoir de faire une vente ou deux en me jurant que c’est pas cher; les (jeunes) vendeurs dans les boutiques m’invitent à rentrer à l’intérieur, les prix sont à la baisse ils disent et les serveurs devant leur restaurant m’invitent aussi à manger ou prendre un chai; les vieilles vendeuses d’ananas m’appellent par mon prénom; les mendiants me saluent et me demandent comment je vais, avant de reprendre leur quête. Je salue tout le monde, j’arrête pour discuter avec certains, parfois j’achète une babiole et je continue à me faire dorloter par Jaya. Cet après-midi je me fais une beauté pour être moins bab’s à Roissy CDG.

Il me reste un jour avant de rentrer en France pour retrouver mari, enfants et amies. Ça me donne juste le temps de clôturer ce voyage avec un dernier blog comme promis…un clog, un bilan de mes (premiers) deux mois au Mother India.

À bientôt…

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Going Going Goa!

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Le train de nuit de Mumbai à Goa arrive à la gare de Madgaon à 10h45. J’ai attrapé un « Delhi-belly » à Varanasi et il y a des meilleurs endroits pour avoir des soucis intestinaux que dans un train en Inde mais c’est mieux que dans un bus. Il faut donc que j’accepte de me poser quelques jours et me soigner. Dans le train je fais mes devoirs de lecture sur Goa dans le Routard (j’ai égaré mon Lonely Planet quelque part à Mumbai) et une fois que j’ai compris que les plages du nord sont plus boum-boum je décide de me diriger vers les plages du sud, qui sont plus calmes pour les vieilles croûtonnes comme moi.

Au cas où vous n’êtes pas au courant, Goa n’est pas une ville, mais un état – le plus petit de l’Inde. Il n’y a même pas une ville qui s’appelle Goa. L’état est surtout connu pour ses plages magnifiques qui longent la côte sur 150km. Et selon le Routard, il y en a pour tous les goûts. Patnem Beach dans l’extremité du Sud de Goa me parait bien, petite et calme. Pour y aller : deux heures de bus local de la gare. Ils disent 1h15 mais c’est bien deux heures avec la circulation et tous les arrêts.

Le bus est bondé a bloc de début à la fin et j’ai eu la chance d’être parmi les premiers a monter à bord et avoir une place assise. Trajet horriblement chaud, je ne sais pas comment ces braves gens supportent ça tous les jours. De temps en temps on entend du fond du bus un sifflement de doigts, comme pour appeler un taxi…mais ici c’est la signe que quelqu’un veut descendre…le bus s’arrete, mais pas longtemps. Je ne sais pas comment je vais faire pour descendre. Je sais siffler des doigts, mais franchement je ne me vois pas le faire ici. La jeune fille à côté de moi me fait signe quand c’est mon arrêt et là la lutte pour sortir du bus commence…je dois hurler, pousser et batailler (et probablement taper) afin que le chauffeur s’arrête et attende que je descende avec mes deux sacs. Disons que ce n’était pas une descente en élégance et je pense que mes cours de boxe-française m’ont aidés à tracer un chemin parmi le peuple.

La « petite » plage est magnifique. J’imaginais une crique, mais j’avais oublié, je suis en Inde et l’échelle de ce qui est grand et petit n’est pas la même qu’à Ibiza. En tout cas, si Patnem est petite, je ne peux qu’imaginer la taille et la beauté des plages plus connus au nord de Goa. Patnem reste encore très low-key et ça sent bien la fin de saison car la plage et les guesthouses sont quasi déserts. Je ne sais pas si c’est le cas des autres plages, mais ici la clientele est presque exclusivement anglais. Surtout depuis un mois, il parait. Je me pointe vers un qui s’appelle Home. Déjà le nom me plaît. Très joli déco simple blanc et bleu, nickel, dans mes prix, tenu par un couple d’anglais. Je m’y sens bien et c’est là que je vais me poser pour 3 nuits le temps de reposer mes intestins, manger des bananes et (essayer de) tracer une itinéraire.

En Inde, à peine arrivée dans une ville, il faut organiser sa sortie. Ça peut prendre beaucoup de temps s’il n’y a pas le Wifi, des coupures de Wifi (c’est le cas ici), et/ou les trains sont complets (idem bien sûre). Essayer de bouger pendant les vacances scolaires est très compliqué et je passe une journée d’énervement parce que je suis obligé de faire des écarts dans mon itinéraire. J’ai beau le tourner dans tous les sens, je suis obligée d’adapter mon planning et renoncer à Hampi et Mysore. La prochaine fois. Les plus organisés préparent les trajets en train des semaines à l’avance quand il y a les vacances scolaires…j’ai beau dire que ça enlève le fun, au moins ils ont les trains qu’ils veulent. Il y a bien sur une autre option, de monter dans les wagons qui sont libres de réservation, mais non…roots je veux bien, mais roots près de la surface, bobo-roots.

Je passe donc la première moitié de la premiere journée à organiser les jours qui suivent et la deuxième moitié sur la plage à pester toute seule dans ma tête. Je m’ennuie un peu ici et c’est vrai qu’encore une fois (l’autre c’était à Auroville), ici j’ai n’ai pas l’impression d’être en Inde. Mais les crampes de mon Delhi-belly me rappellent à l’ordre. Pas bouger!

Le deuxième jour? Je n’en peux plus et je loue une voiture avec chauffeur pour aller visiter Gokarna, petite ville sur la coté plus au sud que Goa, dans l’état de Karnataka. Les routes de Goa sont bonnes et il faut 2 heures pour faire les 50km. Gokarna était bien noté dans les guides…petite ville balnéaire, mais aussi lieu de pèlerinage avec plein de temples dans le village qui est bien mignonne. Ils suggèrent même d’y rester. Bonne idée, je vais bouger d’ici. Je fais mon check-out et Julie la propriétaire anglaise me dit « Gokarna? Une journée oui mais pas plus. Je garde ta chambre, je suis sûre que tu reviendra. »

La route pour aller à Gokarna est très jolie, avec des hauteurs et collines. C’est agréable de quitter la plage où on pourrait être n’importe où dans le monde. On traverse des beaux paysages avec des très jolies vues sur la côte. Le village de Gokarna est assez jolie, un mélange entre les pèlerins et quelques européens avec des dreadlocks et même quelques déchets des années 60. Les temples sont jolis mais me sont fermées. Je n’ai pas encore compris pourquoi je peux visiter certines temples et pas d’autres. Je fais un petit tour vite fait du village mais le soleil cogne et j’ai envie de voir les guesthouses. Chercher les guesthouse, visiter les chambres, me fait toujours des petits frissons de plaisir…surtout quand on déniche des petites perles. Ce sont des « chez soi » pour une ou deux nuits uniquement, mais j’eprouve un reel plaisir à inspecter et m’approprier une chambre. Même la chambre numéro 11 si triste et moche au centre de Vipassana à Chennai était devenu un chez moi. Je pense que c’est pareil pour tout le monde.

Direction plage. Gokarna ça veut dire « oreille de vache » et la ville a son nom parce que la plage est en forme de lobe d’oreille….et comme Shiva est censé d’être sorti d’oreille d’une vache, ça vous donne une idée pourquoi le village reçoit autant de pèlerins.

À la plage, déception. Pas de jolis guesthouse, mais plutôt des gamins piercés et tatoués en train de fabriquer des colliers de perles et fumer avec des hippies qui ont vus des meilleurs jours. Julie avait raison, sympa certes, but not for me. Un petit tour et je m’en vais.

L’heure de la sieste dans la village de Gokarna…

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Une des temples avec l’inévitable vache. Ah ces sacrées vaches qui se font respectées, nourries, dorlotées par tout le monde. Elles errent dans les rues et les ruelles, sur les trottoirs quand il y en a, devant les magasins et maisons, elles mangent les ordures, on les donnent les restes de midi, on les décorent avec des fleurs jaunes – mais fleurs jaunes aussi pour les vélos, les voitures, les temples, les cheveux des femmes, les panneaux, les dieux, les morts, et j’en passe – et elles se font enterrer quand elles meurent, pas brûlées comme le commun des mortels. Elles font ce qu’elles veulent elles, personne, jamais personne va les gronder, les pousser, et surtout (pour la plupart des Hindu) les manger. Être réincarner en vache en Inde est un bon plan.

On se lave avant d’entrer dans le temple.

Des visages dans un mini-bus. Le joie de vivre de ce peuple indien est une belle leçon de vie. Il ne faut pas grand chose pour leur faire sourire et ces petits moments de partage rendent les journées tellement plus belles et douces. Ils me confirment que notre bonheur (et malheur) est en nous et non pas a l’extérieur et que chacun(e) de nous a la possibilité de choisir d’être heureux…ou pas. Le Vipassana travail sur ca aussi. C’est une philosophie de vie si simple et nous restons dans la cercle de la négativité, la morosité et la « self-pity » en espérant que la réponse viendra de l’extérieur.

Sur le chemin de retour, j’ai traversé plusieurs villages où les femmes étaient dehors avec leurs jattes et pots pour attendre le livraison du camion d’eau. Cette photo est la seule que j’ai pu prendre faute d’avoir chargé la batterie, mais essayez d’agrandir la photo pour voir les visages et sourires magnifiques.

J’ai également assister (brièvement) à un mariage local. Des gens très simples, mais les deux mariés ressemblaient à un prince et princesse sortis d’un livre des comptes. Les fleurs, les couleurs et la musique étaient de rigueur, c’était splendide.

Ce soir je remonte vers Madgaon pour prendre un train à 19h direction Cochin (prononcer « Cotchine ») qui est dans l’état de Kerala. C’est un train lent, j’arriverai vers 10h demain matin et je suis « down-graded » dans la classe « sleeper »…pas de fenetres fermées (donc no air-con), pas de rideaux et 8 dans une compartment. Cest tout ce qu’il y avait de libre. Faut juste ésperer que le Delhi-belly ne m’accompagne pas cette fois…

À partir de Cochin je me suis donné 2 possibilités pour la suite complètement différents…