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Chronique de l’ado (part two)

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BON, il s'est passé pas mal de choses entre Udaipur et Varanasi (attention, ma mère a une ville de retard donc pas de panique, c'est de sa faute). Et j'ai aussi remarqué pas mal de truc insolites. Au fait, ne vous fiez pas au cynisme et au manque d'ouverture dont je peux faire preuve, j'adore l'Inde et sa culture qui sont tout bonnement fascinants. En tous cas, trois choses m'ont réellement frappé cette semaine (je ne compte pas ma mère).

Les animaux. Je vous rassure, ils ne sont pas physiquement différents de ceux en France, ils ont tous 2 yeux, quatre pattes, tout va bien. C'est l'importance qu'on leur accorde qui s'avère être surprenante. Oui oui, je pense bien aux vaches. Si je devais résumer leur vie en un ou deux mots : pépère, tranquille. Vu qu'elle sont considérées comme des divinités par la religion hindou, aucun mal ne leur est fait, et interdiction de les mettre en enclos. Donc il y a des vaches qui se baladent sur l'autoroute (comme si la conduite en Inde n'était pas déjà dangereuse). Des vaches qui bloquent des rues entières, des vaches dans les marchés, des vaches partout. Elles ont un peu le rôle de camion poubelles aussi. Les rues sont couvertes de déchets, et les vaches mangent, et pas du tout bio. À plusieurs coins de rues je suis tombé nez à nez avec une vache, ruminant paisiblement un paquet de chips vide. Et le plus fascinant c'est qu'elles y survivent tran-quille. Donc franchement, se réincarner en vache en Inde c'est le bon plan.

Problème de junk food chez les vaches

En parlant de religion, ça m'y fait penser. Ce voyage en Inde m'a forcé à catégoriser les religions que je connaissais jusqu'à là. Il y a les religions « posées » ou « calmes » d'un côté : le bouddhisme, le jaïnisme, le protestantisme… Et puis de l'autre il y a l'hindouisme. Quand la religion chrétienne s'est mêlée à la musique, ça a donné des chants grégoriens (relativement barbants) puis du gospel (super cool). Ici en Inde, l'hindouisme s'est mélangé à la techno. Donc lors des festivals religieux, on assiste à la naissance d'odes à Shiva version Ibiza. Du grand n'importe quoi. Avec les pèlerinages, c'est encore plus drôle. Des camionnettes roulant à 5-6-km/h bourrées d'enceintes, sont suivies par des adeptes, créant des raves religieuses. Mais bon, je préfère le bouddhisme ou ses variantes à l'hindouisme pour sa non violence et son humilité, donc je vais m'arrêter là.

Un dernier point. Pour venir à Varanasi/Benares, nous avons du prendre le train de nuit. Ça aussi, c'était marrant. Tout d'abord, les annonces de la gare. On a tous entendu ce jingle de la SNCF sur les quais de gares, suivi de la voix électronique et saccadée de la femme qui nous dit que notre train entre en gare. En Inde aussi ils ont un jingle. Ce jingle, c'est le glorieux « tadaaaa » qu'on entend après le roulement de tambour accompagnant la cascade du trapéziste du cirque. Au début, ça m'a fait sourire : « pourquoi pas après tout ! ». Mais ensuite, c'est devenu ridicule. Parce que l'annonce de notre train c'était « Tadaaaaa, le train en direction de Varanasi à 1h30 de retard ». J'ai trouvé ça moins glorieux d'un coup. Une fois dans le train, on rencontre des gens sympas, des gens qui ronflent, des gens bruyants, des gens polis et gênés, de tout. Un point commun avec tous les trains de nuits aussi. On y monte avec des cernes, ont y descend avec encore plus de cernes.

La grande forme

Donc pour l'instant, l'Inde c'est toujours chouette.

 

Sur la Route de Madurai

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Je décide d’être sage, de me faire plaisir et prendre une voiture avec chauffeur – aussi connu sous le nom de taxi – pour aller à Madurai qui est dans l’état de Tamil Nadu. Ça suffit les trains et les bus maintenant, il faut prendre soin de soi et de ses doshas. Et puis ça va rassurer la mifa et lezami en France. The ol’ hippie’s travelling in style. Back to the high life! Cinq à six heures de route apparemment, donc je prévois de passer au moins une nuit à Madurai et descendre le lendemain à Rameswaram une petite bout de terre pointue qui touche (presque) le Sri Lanka qui est, selon el Routardo, un mini Varanasi.

À vrai dire, je ne sais pas ce qui est plus fatiguant…le train, le bus ou le taxi. Sur papier la voiture semble une super idée, et j’ai bien entendue vos soupirs de soulagement (« aaah enfin elle ne se prend plus pour une fauchée de 20 ans »!) mais nerveusement c’est le pire de tous les transports car on échappe (ou pas) à un accident fatal tous les dix minutes, il faut avoir le cœur bien accroché et/ou croire dans la réincarnation, ou être déjà morte. Si ça c’est « traveling in style », je sais de quel côté je penche…

J’ai bien épluchée les pages du guide pour trouver un hôtel sympa et confortable à Madurai…mais il n’y en a pas! Il y en a un mais à l’extérieur de la ville donc laisse tomber. Je regarde dans la catégorie « chic »….les hôtels ont des noms comme « Suprême », « Majestic », « Rajna Palace »…vous voyez le genre. Tous dans la même rue à 300m du temple Sri Meenakshi. Parce que c’est ça l’objet de mon voyage, c’est ça que je suis venue voir. Pendant ces deux mois je ne vous ai pas beaucoup saoulé avec des temples parce que c’est vrai, il y en a partout : des grands, des petits, des moches, des jolis, des vieux, des jeunes…comme les mecs. Et quand vous avez vu un…

Je visite trois hôtels et comme leurs noms indiquent, ils sont totalement dénués de charme et bourrés des meubles en velour marron. Ils sont tous plus sombres les uns que les autres, les ascenseurs ont des boutons cassés, les réceptionnistes ont leur cravates de travers, les chambres sont propres mais ont des vues sur des murs, il y a la télé dans les chambres et le journal qui est glissé sous la porte le matin (pour compenser la manque de vue?). Il est 14h quand nous sommes arrivés et je laisse mon chauffeur chercher un hôtel pour lui (n’oubliez pas ce détail s’il vous plaît) et je lui donne rendez vous pour le lendemain matin.

Je suis affamée et je décide de déjeuner au restaurant de l’hôtel qui réussi à être encore plus sombre que le reste. Je suis toute seule parmi les cinq ou six serveurs dans la salle. Je m’installe, je regarde la carte, je la ferme…on me regarde…et on me regarde. On se regarde mutuellement. Ça dure cinq minutes avant que quelqu’un vient prendre ma commande. Je sors mon bouquin pour lire mais il est vraiment trop sombre. Je demande s’il est possible d’allumer les lumières…il est. Ça ne change pas grand chose mais j’arrive à déchiffrer les mots, détail important quand on veut lire. Les serveurs se sont groupés devant un immense ventilateur à pied, et je sens qu’ils parlent de moi (je me prépare pour les questions qui ne vont pas tarder…). Peu importe, je les ignore et je reprends ma lecture tranquillement…et tout d’un coup c’est la grosse tempête dans la salle. La nappe et les pages du livre sont pris dans un tourbillon, mes cheveux s’envolent dans tous les sens, la peau de mon visage et même mes cils se sont plaqués en arrière comme si je faisais un tour dans un décapotable. Il ne manque que la pluie. Je termine par oser ouvrir les yeux pour voir ce qui se passe. Peut être ils croyaient que j’avais chaud (je n’avais pas) mais les serveurs ont pris l’initiative de placer le ventilo géant juste devant ma table, face à moi et à vitesse turbo. Je fais des signes de détresse avec mes bras…no no thank you, je préfère sans! Ils ont l’air déçus.

Le temple de Sri Meenakshi est le deuxième plus grand temple de l’Inde et comme toujours dans les grand temples c’est une ville dans la ville. Les non-hindous ne peuvent pas accéder à tous les temples, surtout dans le sud, donc quand je peux je profites pour faire un tour. Il n’ y a que la (et dans ce cas, les) sanctuaire centrale que je ne peux pas visiter. Ce temple est absolument magnifique, les indiens en sont très fiers (ils ont raison) et on me demandait souvent au cours de ces deux mois si j’avais visité le temple Meenakshi. J’ai bien fait de venir parce que j’ai eu de la chance à tomber sur un excellent guide dont c’est le métier depuis 25 ans et qui parle (et c’est loin d’être toujours le cas) un anglais correct et compréhensible. C’est quand même idiot – mais ça m’est arrivé – de recupérer un guide dont on ne comprend qu’un mot sur cinq. À Varanasi aussi j’ai eu de la chance à faire un rencontre avec un vieux qui m’a bien expliqué les rituels des crémations. Un vrai guide va aussi vous éviter de faire des « donations » à chaque personne dans le temple qui demande. Ici il faut avoir toujours pleins de « petits » billets de 5 et 10 roupies plus des pièces de 1 et 2 pour des donations dans les temples sinon vous vous faites avoir en long, en large et en travers…ce qui m’est jamais arrivé bien sûre.

Allez, trois minutes de culture : Le temple Meenakshi est un lieu de pelerinage et tout bon hindou doit le rendre visite au moins une fois dans sa vie. Meenakshi (qui veut dire « yeux de poisson »…personnellement je peux penser à d’autres noms plus jolis que ça) était un avatar de Pavrati, la femme de Shiva et Shiva et Meenakshi se sont mariés ici. Je ne veux pas vous ennuyer avec les histoires compliquées de Shiva ou des détails du temple mais quelques chiffres juste pour vous donner une idée de la taille de celui-ci : il a 11 « gopurams », (les tours avec tous les sculptures) dont certains mesurent 60m de haut! Il y a 30000 sculptures et le temple reçoit 15000 visiteurs par jour (quand même) et pendant les 10 jours du festival Thirulayakum…qui a lieu en ce moment…il attire un million de personnes! Le bassin de purification est très beau mais n’est pas en « fonctionnement » à cause des problèmes d’hygiene…

Les plafonds et colonnes ont été peints grossièrement avec des couleurs flashy à l’indienne, mais apparemment à l’origine il n’y avait que les figurines sur les « gopurams » qui étaient peintes sinon la pierre étaient brut de tout couleur, ce qui devait être beaucoup plus élégant. Ce n’est que dans les années 60 qu’il se sont mis à peindre les plafonds et colonnes de ces monuments, et c’est vrai que, a mes yeux, l’effet est un peu Disneyland, rarement réussi, souvent grotesque et toujours dommage.

Visite terminée, je pars dîner en ville et je me couche dans mon hôtel qui était encore plus sombre quand je suis arrivé dû à une panne de courant – c’est « courant » ici (désolée) – et une panne de générateur. Pour éclairer les cages d’escalier on avait mis des bougies sur les marches…imaginez…un petit coup de sari et wooosh!

Le lendemain matin après mon petit déjeuner – bien à l’écart du ventilo Hollywoodien – et mon check-out, je retrouve mon chauffeur pour aller à Rameswaram. Sur la route, juste au sud de Madurai on s’arrête à un autre temple: Tiruparankundram, magnifique aussi. Il a été construit contre une petite montagne et un peu en troglodyte. Il y avait beaucoup de monde, beaucoup de ferveur religieux. Je visite avec un faux-guide qui parle mal anglais mais je laisse faire. Je fais les marquages horizontales en blanc (qui représente les cendres…qui pour l’histoire est fait de caca de vache brûlée et parfumée) et le point rouge (qui représente le sang) sur le front, je reçois le « puja », la cérémonie par un des brahmine, j’achète des offrandes…noix de coco, bananes…et je m’en vais, prête à descendre à Rameswaram.

À peine sur la route je remarque que mon chauffeur Santosh n’est pas super-super bien. Il a la bougeotte que je sens n’est pas dû à un excès de Vata, mais à une manque du sommeil. Il nie sa fatigue et me dit que tout va bien. On continue mais je ne suis pas tranquille et je décide qu’il va falloir raccourcir la route et retourner à Kovalam, tant pis pour Rameswaram. Je continue à surveiller Santosh et comme il me disait que tout allait bien je pose ma question différemment …où est ce qu’il a passé la nuit? Dans la voiture me dit-il et il y avait beaucoup de moustiques. Je suis horrifiée. Je n’avais pas discuté son prix, j’avais bien demandé si le logement était compté dedans…et là il s’endort au volant et il nous reste encore cinq heures de route. En plus il n’a pas pris le temps de dejeuner, même pas un chaï. Je dois insister pour qu’il s’arrête pour se reposer et manger quelque chose. Quinze minutes plus tard, Santosh reprend le volant (il refuse de me le céder) et c’est parti pour cinq heures de miracles.

Je suis contente de revenir (en vie) à Kovalam, et je profite pour changer de guesthouse pour avoir une chambre sur le front de mer et avoir du Wifi…qui n’est pas évident, mais c’est fait, c’est trouvé, j’ai une chambre tout mignon au dessus de Leo’s restaurant et cybercafé. J’ai un peu l’impression d’être chez moi ici: les vieux vendeurs sur la digue de Kovalam me connaissent tous par coeur mais ça ne les empêche pas de déplier et secouer des paréos et des nappes inlassablement sur mon chemin dans l’espoir de faire une vente ou deux en me jurant que c’est pas cher; les (jeunes) vendeurs dans les boutiques m’invitent à rentrer à l’intérieur, les prix sont à la baisse ils disent et les serveurs devant leur restaurant m’invitent aussi à manger ou prendre un chai; les vieilles vendeuses d’ananas m’appellent par mon prénom; les mendiants me saluent et me demandent comment je vais, avant de reprendre leur quête. Je salue tout le monde, j’arrête pour discuter avec certains, parfois j’achète une babiole et je continue à me faire dorloter par Jaya. Cet après-midi je me fais une beauté pour être moins bab’s à Roissy CDG.

Il me reste un jour avant de rentrer en France pour retrouver mari, enfants et amies. Ça me donne juste le temps de clôturer ce voyage avec un dernier blog comme promis…un clog, un bilan de mes (premiers) deux mois au Mother India.

À bientôt…

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Train de Nuit

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Mon sac à dos semble plus rempli que quand je suis arrivée il y a une semaine. Vu que j’ai troqué des vêtements je ne devrait pas avoir plus mais moins. Il faut que j’utilise plus de coton-tiges. Une fois le sac sur le dos, ça semble ok, pas spécialement lourd! Le départ de mon train est prévu pour 20h de Trivandrum avec 16 heures de voyage jusqu’au terminus à Chennai. J’avais réservé ma place…2nd AC sleeper, c’est à dire une couchette en 2ème classe avec clim.

Mon chauffeur de rickshaw était certes, très sympathique et intéressant (il me dit qu’il était masseur ayurvedique avant) mais il conduisait la moitié du temps sur le mauvais côté de la route. Pire, quand il me parlait il tournait la tête 180° pour faire me regarder assise derrière lui, pourtant ce n’était pas le moment pour faire du « eye-contact ». La gare de Trivandrum n’a rien d’attrayant et je me sentais un peu seule. Pas beaucoup de voyageurs, aucun touriste en vue et des trains qui avait l’air glauquissime. Et je ne vous parle pas de l’odeur. Gloups.

Je trouve mon wagon. Mon nom avec ma place est inscrite sur le papier qui est collé sur le wagon. Vachement organisé, mine de rien. Je trouve ma banquette qui va se transformer en lit pour la nuit. Il y a 4 places dans le compartiment, 2 en haut, 2 en bas. Pas de porte (ça c’est pour la première classe), juste un rideau et un odeur fort d’urine qui vient des toilettes au fond du couloir. Seize heures ici, ça va être chouette. Au moins la clim’ marche bien, juste comme il faut.

Bon, je sais que je vais être obligée d’aller aux toilettes au moins une fois pendant le voyage, peut être deux, donc tant qu’à y aller toute de suite tant qu’ils sont propres. C’est une technique que j’ai mise au point en Thaïlande et ça marche bien. Et puis une fois qu’on a « vu », ben on est 9/10 rassurés je trouve. Ici, dans le train, une porte vous propose des toilettes « Indian Style » et une autre porte « Western Style ». Mon choix est vite fait et finalement je les trouves plutôt correct…beaucoup plus propres de ce que j’avais imaginé, donc super.

La moitié du voyage je partage mon « compartiment » avec 2 personnes, deux hommes. On ne se parle pas, et le plus âgé s’installe vite pour la nuit. Il transforme sa banquette en lit, déplie les draps et couverture et se met à souffler dans le bouchon de l’oreiller gonflable. Suis contente que j’ai mon oreiller de voyage avec moi…en forme de croissant, bien moelleux (pas gonflable) que j’avais acheté l’année dernière. Je ne sens pas de fatigue encore et j’aimerais écrire un peu mais très franchement je ne me vois pas sortir mon ipad2 ici! Il faut que je la joue low-profile.

Je dors remarquable bien, collée contre mon petit sac a dos qui contient mes valables tandis que mon gros sac à dos est enchaîné à l’anneau qui est là pour ça car il parait que les vols sont fréquents. Quand je me réveille le lendemain, mes compagnons de voyage ont disparus, ils ont du descendre à un arrêt vers 6h du matin. À 7h une jeune fille me rejoigne dans mon compartiment et la couloir est devenu un centre d’animation avec des marchands ambulants qui proposent du Chai (thé), samosas, eau…

Ce qui me surprends le plus depuis que je suis arrivée en Inde est la calme des gens. Je n’attendais pas a ça. Ils ne se crient pas dessus, ils ne crient pas fort. Ce n’est pas comme en Afrique. Ou en France. Même en voiture, ça klaxonnent non-stop, ils se font presque rentré-dedans ou écrasés et pourtant ils ne se lèvent pas la voix, ils ne hurlent pas des obscénités. Leur conduite routière dangereux leur semblent normale je crois, ils ne s’étonnent jamais. Ils sont courtois, calmes et toujours prêts à rendre service. Ici il faut faire gaffe à ne pas se faire arnaquer c’est tout, parce que c’est vrai, c’est tout le temps pour tout.