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Voyage Voyage

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« Il est bien connu que les trains les plus délabrés vous emmènent dans des endroits magiques »

Paul Theroux

 

 

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Une Équilibre Fragile…

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Joli hein? Barbara Bui.

Deux heures. Et ça c’est en comptant une heure et demi assise.

Hein ben voilà, ça ne s’annonce pas brillant mon affaire de « dancing the night away » sur des talons de 12 cm comme si j’ai fait ça toute la vie. Parce que c’est ca qu’il va falloir faire le weekend prochain au mariage de mon fils Thomas. J’ai fait une petite répétition ce week-end au mariage de ma nièce et j’ai échangée les escarpins pour des boots cloutés juste après la mairie. Un échec minable. La voiture du SAMU me suivait de près et il a fallu que je me concentre très fort pour garder mon équilibre et ne pas terminer aux urgences.

Sinon quoi? Je plane moins mais un peu quand même, je regarde les prix des aller-retour Paris-Delhi pour cet été et je rêve de lâcher le bord une fois de plus pour retrouver un déséquilibre qui équilibre…

 

 

Des Tongs aux Talons Aiguilles

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Et voilà une première semaine qui s’est envolée depuis mon retour à Paris . Il est temps de faire un bilan n’est ce pas?

  • Méga plaisir de retrouver mon chéri, mes enfants, les copines, les copains. Évidemment.
  • Grand plaisir de me mettre sous une douche chaude et surtout sous une qui fait bien son boulot.
  • C’est cool de mettre le linge sale dans la machine à laver et laisser Miele faire le reste plutôt que de le frotter dans un seau rouge.

Mais ensuite? Trois jours après mon retour je dépense une somme d’argent vertigineuse au soldes de presse (merci copine Kat) de Barbara Bui pour des tenues pour le mariage de mon fils. Mes pieds ont la vertige aussi. Habitués au confort et la liberté des tongs pendant plus de deux mois ils sont confrontés à des talons de 12cm….euuuuh…je marche comment là? J’ai deux semaines pour m’entraîner…elle va être contente la voisine de dessous.

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Et à part ça?

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On part à l’autre bout du monde, on vit autrement, avec moins de confort ce qui nous enrichit, tous nos sens sont bombardés de nouveautés, le notion de voyage commence à prendre un sens…et tout d’un coup, on se retrouve dans la neutralité d’un aéroport et ensuite d’un avion, à tourner les pages brillantes du magazine Etihad qui nous propose une cinquantaine de films, des parfums et des palettes de maquillage des grandes marques, des bijoux Swarovski et je ne sais plus quoi d’autre…c’est violent quand même. L’avion, ce no-mans-land est le sas entre là-bas et ici. Atterrissage physique à Roissy Charles de Gaulle, un de mes tongs me lâche encore une fois dans le couloir. Je bricole une réparation, pieds nus en Inde ça passe, mais ici c’est moyen.

J’ai beau me dire que deux mois et une semaine n’est pas long, c’est assez pour que mes sens se modifient. La lumière me semble si dure et plate ici, et les couleurs…mes yeux ne voient que des variations de gris. Où sont passés les rouges/jaunes/oranges/turquoises/verts…et j’en passe? J’ai beau savourer de nouveau le vin et le fromage, mon foie me dit « ouf, ça va pas non? »

Les jours passent et je me rends compte que je n’ai pas encore atterrie…

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Le Clog Indien

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Namaste 🙂

Le clog indien…on dirait une affliction mortelle ou presque comme le fog londonien ou le smog parisien…mais non, c’est beaucoup plus frivole que ça, ce n’est que la clôture du blog de ce voyage. Jusqu’au prochain qui a déjà pris naissance dans ma tête…

C’est la première fois que ça m’arrive mais je ne sais pas comment démarrer ce blog. Je sais ce que je veux dire mais je ne sais pas par quoi commencer…ni comment. En gros je voudrais raconter les choses qui m’ont marquées ici en Inde, des choses dont je n’y attendais pas, et les choses dont j’attendais…et qui n’y etaient pas! Ça s’appel des surprises. Du coup ça risque de faire un peu « liste ».

On dirait que je ne suis jamais sortie de l’Europe, il n’y a rien de plus faux, c’est juste voyager ailleurs et « autrement », de façon plus « slow », du backpacking, avec (souvent beaucoup) moins de confort et plus d’imprévus qui est relativement nouveau pour moi, ça ne date que de ces derniers années. Malgré les difficultés, les incertitudes, la fatigue et la manque de confort, voyager comme ça, simplement, me plaît énormément. C’est un choix de vacances…pourtant je suis loin d’être fauchée (pour l’instant) et je suis assez dépensière quand ça me prend, mais ces parenthèses « roots » me font du bien, me font évoluer. Je me rends compte que vu de l’extérieur ça peut sembler assez maso pour certains, mais ce ne l’est pas, c’est changer de mode et de style vie de celle que j’ai chez moi qui m’attire, voir le monde autrement peut être pour mieux apprécier – ou déprécier – mon petit monde et ma propre mode de vie. Les trains et les bus locaux ne sont pas forcement d’un grand confort (les trois premières clesses en train sont parfaitement acceptables) mais ils ont une charme indéniable qu’on ne trouve pas dans une voiture avec clim’, mais c’est également vrai que la voiture a l’avantage de pouvoir s’arrêter où on veut, de faire des détours dans des villages, pour voir des choses qu’on ne verrait jamais avec le train ou le bus. En ce qui concerne l’avion, le moins possible…le notion de « voyage » est perdu, et c’est de nouveau dans le  » va vite ».

C’est aussi le premier long voyage – un peu plus de deux mois – que j’ai fait seule, non-accompagnée et ça aussi était une très belle expérience avec des hauts et des bas, des avantages comme des inconvénients. Parfois je m’observais très heureuse, vraiment très heureuse de vivre ces moments seules, mais il y a eu aussi des instants que j’aurais préférée partager avec mon homme, ma fille, un de mes fils, une copine…mais la manque, tout comme l’ennui et la solitude est souvent une bonne chose, à condition que ça ne dure pas trop longtemps.

Une de mes plus grandes chances dans la vie est de la partager depuis plus de 20 ans avec un homme qui n’a pas peur…et comme il n’a pas peur, il ne se perd pas dans les traditions sociales embetisantes. Il me « laisse » partir parce qu’il sait que c’est bon pour moi. C’est une grande preuve d’intelligence et de l’amour (et de générosité bien sure) et je ne peux admirer et espérer que je saurais faire pareil avec autant de sincérité. Mes enfants aussi m’encouragent à être moi-même et je les remercie de n’avoir jamais porté de jugement sur les choix que j’ai fait dans ma vie…et pourtant ça ne devait pas toujours été facile pour eux.

Ces voyages sont aussi, peut-être surtout, des voyages « intérieurs » qui, petit a petit, modifient ma structure, mes croyances et mes pensées. Les enseignements de Jiddu Krishnamurti – un des plus grands philosophes et penseurs non-conventionels et de l’inde (donc du monde) – et S.N Goenka (voir le blog sur Vipassana) sont universelles et absents de tout discours religieux et sont mes grands inspirations. Les écrits de leurs enseignements m’accompagnent lors de mes voyages lointains et intérieurs et m’apprenent à réfléchir autrement et à quitter la route pour découvrir des chemins plus en harmonie avec la nature et l’homme.

Allez, ça suffit! Parlons de mes surprises indiennes, grandes et petites, bonnes et mauvaises. Il y en a beaucoup et il y en a surement des magnifiques que je vais oublier et je vais m’en vouloir d’ici deux jours…! Voici celles qui me viennent à l’esprit toute de suite. Dans le désordre…

  • Des cafards. Ben, good news…il n’y en a pas!!! J’ai vu UN SEUL CAFARD EN NEUF SEMAINES et c’était dans un bateau. C’est assez connue dans mon entourage proche, je ne gère pas bien les cafards et dans les pays tropicaux je redoute leur apparition le soir quand tout le monde est couché et en pleine nuit quand on doit se lever pour aller faire pipi. Je n’ai pas vu des rats non plus. Pas de cafards, pas de rats, et pourtant je n’ai pas toujours été dans les quartiers les plus salubres, ça on sait. PS: je rajoute une petite post-scriptum car le seul cafard d’Inde est venue me saluer, me dire au revoir dans ma salle de bain à 1h ce matin…le timing m’a fait sourire…

  • L’Inde n’est pas si sale que ça, en tout cas c’est beaucoup moins sale que j’avais imaginé, mais ça c’est peut être parce que mes critères de « sale » ont été déformées par dix ans en Afrique de l’ouest et treize ans à Paris. Certes, Varanasi est cra-cra mais ça cest à cause du trop grand nombre de vaches. Les chambres de guesthouse et hotels que j’ai pu visité ont toujours été propres, parfois les draps et serviette de bain sont un peu gris mais je n’ai jamais refusé une chambre à cause de la manque de propreté.

  • La securité. Avant de venir ici, une question récurrente qu’on me demandait c’était de savoir si je n’avais pas peur. Peur…encore ce poison abstrait qui nous empêche de vivre, qui nous paralyse, qui nous rend bête…et qui font que certains perdent leur raison et intelligence lors des élections présidentiels. Non, je n’avais pas vraiment peur avant de venir, parfois des angoisses, mais pas peur. Et j’avais raison car je me suis toujours sentie en totale sécurité partout où j’allais quelque soit l’heure du jour (je ne suis jamais été dehors tard le soir). Je n’ai jamais eu le sentiment qu’on souhaitait me dérober de quoi que ça soit non plus. Les gens sont curieux du iPad si je l’utilise en public, parfois viennent le voir et posent des questions, je les invite à l’essayer, le « swiper », ils sont ravis (moi aussi).

  • Les indiens sont naturellement et incroyablement curieux, vraiment. Ils veulent TOUS savoir de quel pays on vient. Ça peut être lassant si on n’est pas en forme ou on n’a tout simplement pas envie de de parler ce jour là, mais c’est toujours fait avec un bon esprit. N’ayant pas une réponse simple à cette question pourtant simple, je disais « partout dans le monde » ou « beaucoup d’endroits dans le monde ». Je voyais bien que cette réponse ne rentrait pas toujours dans la case prévue et ils avait l’air perplexe, et parfois ils poussaient plus loin leur curiosité et souvent ça se terminait par des discussions très intéressantes. Les indiens aiment discuter, ils sont toujours prêts à discuter -même ceux qui ne parlent pas anglais! – et ça nous permet d’apprendre plein de choses.

  • Le regard envoûtant. Il faut s’y attendre à être regardé, mais vraiment « Regardé » avec un grand R. Le mot en anglais c’est « stare » et chez nous ca ne se fait pas mais chez eux si! C’est comme ça. Pourtant je n’ai jamais sentie que c’était des regards malsains mais plutôt juste de la curiosité. On peut comparer cela a notre (en tout cas le mien) regard envers eux, curieux, bienveillant.

  • Les photos. Ils aiment les photos…ils aiment être pris en photos (les jeunes hommes en demandent souvent) et être pris en photo à côté de nous et ils aiment en prendre. Comme nous, mais differement. Partout et dans tous les circonstances…ça m’est arrivé même en méditant sur la plage…j’ai sentie une présence à côté de moi et quand j’ai ouvert mes yeux il y avait une femme debout à côté de moi qui se faisait photographié par son mari!

  • Chez les indiens le sourire n’est jamais très loin (ça va me changer demain à Roissy) avec une bonne humeur particulièrement prononcée dans le Kerala.

  • La Tolérance! Comme dans d’autres pays asiatiques que j’ai pu visitée, les indiens ne crient pas, les voix ne se lèvent pas. Ils ne s’insultent pas sur les routes…et pourtant il y a de quoi…ils se parlent toujours avec respect. Il ne faut pas oublier qu’ils sont très nombreux, avec des regions, états, langues et religions variés, ça saute aux yeux qu’il il y a une surpopulation, la pauvreté touche la plupart de la population…mais ils font preuve d’une immense tolérance dont nous pouvons que tirer des leçons. Je pense que c’est la chose qui m’impressionne le plus. Quand, comment et pourquoi avons nous perdus ça…si on l’a eu?

  • Les indiens sont très généreux de cœur. J’ai pu témoigner de cela lors des repas…ce n’est pas dans leurs habitudes de manger hors de la maison ou restaurant, mais quand ils ne peuvent pas faire autrement ils proposent systématiquement de partager leur repas avec vous.

  • Les gens aiment rendre service et sont toujours prêts à vous aider (mon dieu ô mon dieu, comme le retour en France va être costaud…)

  • Les enfants ne pleurent pas, en tous cas on ne leur donnent pas la possibilité. Je n’exagère rien, Ici vous n’entendrez pas un enfant pleurer.

  • L’élégance indien. Les dhoti (des sarongs pliés en deux) et les chemises d’hommes sont toujours propres et bien repassés, et les femmes sont toujours très élégantes , souvent magnifiques dans leurs saris même celles qui viennent des populations parmi les plus pauvres. Les femmes sont toujours très bien coiffées, avec les cheveux souvent décorés avec une tresse de fleurs, surtout pour aller au temple.

  • La proportion homme/femme est flagrant, en faveur des hommes…et inquiétant

  • Les toilettes publics sont certes « à l’indienne » mais sont quasiment toujours propres (loin d’être le cas « chez nous ») même si les odeurs laissent désirer. J’attendais pire puissance 10.

  • Les indiens ont le business dans la peau. Il faut s’y attendre de se faire raquetter partout surtout quand on ne connaît pas les prix au début. Et même quand on connaît les prix, à défaut d’être un(e) connoisseur, c’est très difficile à savoir la qualité (soie, cachemire, pashmina etc) de ce qu’on propose. On dit souvent « never trust an indian »…en affaires, ce n’est pas faux! Donc oui, on se fait avoir en beauté…mais il faut relativiser, car se faire avoir en roupies n’est jamais douloureux. Évidemment il faut être prêt à jouer au jeu et discuter les prix…surtout avec les rickshaw (tuk-tuk) et taxis qui profitent à fond et ne sont pas tendres…

  • Il y a une différence flagrant entre les états et surtout entre le nord et le sud. C’est comme si on change de pays…le sud est plus doux, plus vert, plus joyeux, plus propre. Le nord (ce que je connais pour l’instant ce qui est peu) me semble plus dure, plus pauvre, plus spirituel, plus envoûtant.

  • En Inde il faut attendre à remplir des papiers partout où on va…pour une nuit dans un guesthouse à une réservation pour un train. Ça aide si on mémorise les détails du passeport et visa. Si on veut une carte SIM en Inde c’est les papiers multipliées par trois plus des 2 photos d’identité. Le pire c’est que ce n’est même pas sûre que la carte marche longtemps. Après trois carte SIM bloquées j’ai terminée par abandonner (et pourtant c’est pratique pour les hôtels).

J’ai eu des moments de grands frustration, surtout à cause de la bureaucratie mais je vis des moments de frustration aussi grands en France.

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Voilà! Je suis de retour en France depuis 24h…très heureux de retrouver ma famille et bientôt mes amis. Ma tête est remplie de très beaux souvenirs…mais, comment ne pas avoir envie de repartir? J’ai l’impression d’avoir levé un coin d’un premier page…

En attendant, j’ai découvert le plaisir de blogger, en tous cas ça me plaît beaucoup donc je vais continuer à blogger sur d’autres thèmes!

Je vous remercie encore pour vos nombreux messages, tellement sympas et encourageants, j’étais très touchée par cette générosité de prendre le temps de m’écrire. Merci…et à bientôt!

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Sur la Route de Madurai

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Je décide d’être sage, de me faire plaisir et prendre une voiture avec chauffeur – aussi connu sous le nom de taxi – pour aller à Madurai qui est dans l’état de Tamil Nadu. Ça suffit les trains et les bus maintenant, il faut prendre soin de soi et de ses doshas. Et puis ça va rassurer la mifa et lezami en France. The ol’ hippie’s travelling in style. Back to the high life! Cinq à six heures de route apparemment, donc je prévois de passer au moins une nuit à Madurai et descendre le lendemain à Rameswaram une petite bout de terre pointue qui touche (presque) le Sri Lanka qui est, selon el Routardo, un mini Varanasi.

À vrai dire, je ne sais pas ce qui est plus fatiguant…le train, le bus ou le taxi. Sur papier la voiture semble une super idée, et j’ai bien entendue vos soupirs de soulagement (« aaah enfin elle ne se prend plus pour une fauchée de 20 ans »!) mais nerveusement c’est le pire de tous les transports car on échappe (ou pas) à un accident fatal tous les dix minutes, il faut avoir le cœur bien accroché et/ou croire dans la réincarnation, ou être déjà morte. Si ça c’est « traveling in style », je sais de quel côté je penche…

J’ai bien épluchée les pages du guide pour trouver un hôtel sympa et confortable à Madurai…mais il n’y en a pas! Il y en a un mais à l’extérieur de la ville donc laisse tomber. Je regarde dans la catégorie « chic »….les hôtels ont des noms comme « Suprême », « Majestic », « Rajna Palace »…vous voyez le genre. Tous dans la même rue à 300m du temple Sri Meenakshi. Parce que c’est ça l’objet de mon voyage, c’est ça que je suis venue voir. Pendant ces deux mois je ne vous ai pas beaucoup saoulé avec des temples parce que c’est vrai, il y en a partout : des grands, des petits, des moches, des jolis, des vieux, des jeunes…comme les mecs. Et quand vous avez vu un…

Je visite trois hôtels et comme leurs noms indiquent, ils sont totalement dénués de charme et bourrés des meubles en velour marron. Ils sont tous plus sombres les uns que les autres, les ascenseurs ont des boutons cassés, les réceptionnistes ont leur cravates de travers, les chambres sont propres mais ont des vues sur des murs, il y a la télé dans les chambres et le journal qui est glissé sous la porte le matin (pour compenser la manque de vue?). Il est 14h quand nous sommes arrivés et je laisse mon chauffeur chercher un hôtel pour lui (n’oubliez pas ce détail s’il vous plaît) et je lui donne rendez vous pour le lendemain matin.

Je suis affamée et je décide de déjeuner au restaurant de l’hôtel qui réussi à être encore plus sombre que le reste. Je suis toute seule parmi les cinq ou six serveurs dans la salle. Je m’installe, je regarde la carte, je la ferme…on me regarde…et on me regarde. On se regarde mutuellement. Ça dure cinq minutes avant que quelqu’un vient prendre ma commande. Je sors mon bouquin pour lire mais il est vraiment trop sombre. Je demande s’il est possible d’allumer les lumières…il est. Ça ne change pas grand chose mais j’arrive à déchiffrer les mots, détail important quand on veut lire. Les serveurs se sont groupés devant un immense ventilateur à pied, et je sens qu’ils parlent de moi (je me prépare pour les questions qui ne vont pas tarder…). Peu importe, je les ignore et je reprends ma lecture tranquillement…et tout d’un coup c’est la grosse tempête dans la salle. La nappe et les pages du livre sont pris dans un tourbillon, mes cheveux s’envolent dans tous les sens, la peau de mon visage et même mes cils se sont plaqués en arrière comme si je faisais un tour dans un décapotable. Il ne manque que la pluie. Je termine par oser ouvrir les yeux pour voir ce qui se passe. Peut être ils croyaient que j’avais chaud (je n’avais pas) mais les serveurs ont pris l’initiative de placer le ventilo géant juste devant ma table, face à moi et à vitesse turbo. Je fais des signes de détresse avec mes bras…no no thank you, je préfère sans! Ils ont l’air déçus.

Le temple de Sri Meenakshi est le deuxième plus grand temple de l’Inde et comme toujours dans les grand temples c’est une ville dans la ville. Les non-hindous ne peuvent pas accéder à tous les temples, surtout dans le sud, donc quand je peux je profites pour faire un tour. Il n’ y a que la (et dans ce cas, les) sanctuaire centrale que je ne peux pas visiter. Ce temple est absolument magnifique, les indiens en sont très fiers (ils ont raison) et on me demandait souvent au cours de ces deux mois si j’avais visité le temple Meenakshi. J’ai bien fait de venir parce que j’ai eu de la chance à tomber sur un excellent guide dont c’est le métier depuis 25 ans et qui parle (et c’est loin d’être toujours le cas) un anglais correct et compréhensible. C’est quand même idiot – mais ça m’est arrivé – de recupérer un guide dont on ne comprend qu’un mot sur cinq. À Varanasi aussi j’ai eu de la chance à faire un rencontre avec un vieux qui m’a bien expliqué les rituels des crémations. Un vrai guide va aussi vous éviter de faire des « donations » à chaque personne dans le temple qui demande. Ici il faut avoir toujours pleins de « petits » billets de 5 et 10 roupies plus des pièces de 1 et 2 pour des donations dans les temples sinon vous vous faites avoir en long, en large et en travers…ce qui m’est jamais arrivé bien sûre.

Allez, trois minutes de culture : Le temple Meenakshi est un lieu de pelerinage et tout bon hindou doit le rendre visite au moins une fois dans sa vie. Meenakshi (qui veut dire « yeux de poisson »…personnellement je peux penser à d’autres noms plus jolis que ça) était un avatar de Pavrati, la femme de Shiva et Shiva et Meenakshi se sont mariés ici. Je ne veux pas vous ennuyer avec les histoires compliquées de Shiva ou des détails du temple mais quelques chiffres juste pour vous donner une idée de la taille de celui-ci : il a 11 « gopurams », (les tours avec tous les sculptures) dont certains mesurent 60m de haut! Il y a 30000 sculptures et le temple reçoit 15000 visiteurs par jour (quand même) et pendant les 10 jours du festival Thirulayakum…qui a lieu en ce moment…il attire un million de personnes! Le bassin de purification est très beau mais n’est pas en « fonctionnement » à cause des problèmes d’hygiene…

Les plafonds et colonnes ont été peints grossièrement avec des couleurs flashy à l’indienne, mais apparemment à l’origine il n’y avait que les figurines sur les « gopurams » qui étaient peintes sinon la pierre étaient brut de tout couleur, ce qui devait être beaucoup plus élégant. Ce n’est que dans les années 60 qu’il se sont mis à peindre les plafonds et colonnes de ces monuments, et c’est vrai que, a mes yeux, l’effet est un peu Disneyland, rarement réussi, souvent grotesque et toujours dommage.

Visite terminée, je pars dîner en ville et je me couche dans mon hôtel qui était encore plus sombre quand je suis arrivé dû à une panne de courant – c’est « courant » ici (désolée) – et une panne de générateur. Pour éclairer les cages d’escalier on avait mis des bougies sur les marches…imaginez…un petit coup de sari et wooosh!

Le lendemain matin après mon petit déjeuner – bien à l’écart du ventilo Hollywoodien – et mon check-out, je retrouve mon chauffeur pour aller à Rameswaram. Sur la route, juste au sud de Madurai on s’arrête à un autre temple: Tiruparankundram, magnifique aussi. Il a été construit contre une petite montagne et un peu en troglodyte. Il y avait beaucoup de monde, beaucoup de ferveur religieux. Je visite avec un faux-guide qui parle mal anglais mais je laisse faire. Je fais les marquages horizontales en blanc (qui représente les cendres…qui pour l’histoire est fait de caca de vache brûlée et parfumée) et le point rouge (qui représente le sang) sur le front, je reçois le « puja », la cérémonie par un des brahmine, j’achète des offrandes…noix de coco, bananes…et je m’en vais, prête à descendre à Rameswaram.

À peine sur la route je remarque que mon chauffeur Santosh n’est pas super-super bien. Il a la bougeotte que je sens n’est pas dû à un excès de Vata, mais à une manque du sommeil. Il nie sa fatigue et me dit que tout va bien. On continue mais je ne suis pas tranquille et je décide qu’il va falloir raccourcir la route et retourner à Kovalam, tant pis pour Rameswaram. Je continue à surveiller Santosh et comme il me disait que tout allait bien je pose ma question différemment …où est ce qu’il a passé la nuit? Dans la voiture me dit-il et il y avait beaucoup de moustiques. Je suis horrifiée. Je n’avais pas discuté son prix, j’avais bien demandé si le logement était compté dedans…et là il s’endort au volant et il nous reste encore cinq heures de route. En plus il n’a pas pris le temps de dejeuner, même pas un chaï. Je dois insister pour qu’il s’arrête pour se reposer et manger quelque chose. Quinze minutes plus tard, Santosh reprend le volant (il refuse de me le céder) et c’est parti pour cinq heures de miracles.

Je suis contente de revenir (en vie) à Kovalam, et je profite pour changer de guesthouse pour avoir une chambre sur le front de mer et avoir du Wifi…qui n’est pas évident, mais c’est fait, c’est trouvé, j’ai une chambre tout mignon au dessus de Leo’s restaurant et cybercafé. J’ai un peu l’impression d’être chez moi ici: les vieux vendeurs sur la digue de Kovalam me connaissent tous par coeur mais ça ne les empêche pas de déplier et secouer des paréos et des nappes inlassablement sur mon chemin dans l’espoir de faire une vente ou deux en me jurant que c’est pas cher; les (jeunes) vendeurs dans les boutiques m’invitent à rentrer à l’intérieur, les prix sont à la baisse ils disent et les serveurs devant leur restaurant m’invitent aussi à manger ou prendre un chai; les vieilles vendeuses d’ananas m’appellent par mon prénom; les mendiants me saluent et me demandent comment je vais, avant de reprendre leur quête. Je salue tout le monde, j’arrête pour discuter avec certains, parfois j’achète une babiole et je continue à me faire dorloter par Jaya. Cet après-midi je me fais une beauté pour être moins bab’s à Roissy CDG.

Il me reste un jour avant de rentrer en France pour retrouver mari, enfants et amies. Ça me donne juste le temps de clôturer ce voyage avec un dernier blog comme promis…un clog, un bilan de mes (premiers) deux mois au Mother India.

À bientôt…

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Doshas en Détresse

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Le soleil se couchait quand mon train de Alleppey arrive en gare à Trivandrum, et le ciel était en feu. Ça me rappelait les couchers de soleil incroyables devant lesquels je m’étais émerveillée à Kovalam il y a deux mois, presque jour pour jour. Deux mois c’est tout? J’ai l’impression qu’on pourrait le multiplier par trois. Pourtant j’ai vu très vu peu, quasiment rien de ce pays extraordinaire car j’étais à l’école à Chennai pendant deux et mes dix jours passés dans le centre de Vipassana étaient effectivement dix jours de perdus de point de vue touristique …mais ce que j’ai vue, ce que j’ai vecue, ce que j’ai appris me donnent qu’une envie: revenir. À la fin du voyage, quand ce chapitre est vraiment terminé je ferais un petit blog de clôture…un clog (!).

Je vous épargne (je soupçonne entendre quelques « ouf » de soulagement) les détails du taxi, mais en gros je me suis « internée » au Linchu Resort (d’autres « ouf » mais pas pour les mêmes raisons?)…où j’ai retrouvée une médecin ayurvedique Dr Nishu et surtout Jaya, ma merveilleuse masseuse. Dr Nishu m’a dit qu’elle voyait que j’étais épuisée (le tout Kerala était au courant d’ailleurs) et ça c’est parce que mes doshas étalent déséquilibrés…trop de Vata et Pitta. Ben oui, c’était à cause de mes mes doshas tout ça, toute cette frenesie de mouvement, toute cette fatigue et émotivité. Pour les innocents des doshas je vais essayer de porter un peu de lumière (en me rappellant de mes cours d’ayurveda à l’école de Chennai, j’espère que je ne dis pas trop de bêtises) mais sans rentrer dans les détails parce que c’est un sujet passionnant mais relativement vaste et complex et qui mérite d’être bien exploré…une autre fois je vous promets. Un blog qui se nome « une question d’equilibre » le doit au peuple de faire un blog sur les doshas, n’est ce pas? Voilà donc l’essentiel, juste assez pour vous ouvrir l’appétit:

Dans la médecine ayurvedique, on considère que nous arrivons dans ce monde avec un mélange, variable d’une personne à une autre, de trois constitutions qu’on appel des doshas : Vata (l’énergie du vent), Pitta (feu), Kapha (eau et terre) et l’équilibre/déséquilibre de ces trois doshas « gère » le corps (le fonctionnement des organes jusqu’a les cheveux et la peau) et le mentale (les émotions…). Nous sommes donc tous né avec des nuances plus ou moins fort des trois doshas, c’est notre « prakriti »…notre nature de naissance, avec une domination d’une et parfois deux de ces constitutions. On dit même que notre prakriti dépend de l’état mental et emotionel de nos parents au moment de notre conception. Un médecin ayurvedique n’a qu’à nous regarder et observer et elle sait notre dominant mais pour connaitre les pourcentages et l’état des doshas à l’instant, notre Vikriti, il faut prendre les trois pouls…qui sont situés à l’interieur du poignet mais pas au même endroit que le pouls cardiovasculaire…juste sur le bord interne du poignet. On ne peut pas changer sa constitution de base mais on peut tenter de l’equilibrer un peu plus par – et dans cet ordre – 1) un nettoyage complet interne…Panchakarma…qui dure 3 à 4 semaines avec des herbes et bizarreries qui nettoie les toxines de l’organisme 2) une régime alimentaire spécifique pour équilibrer les doshas car les aliments sont plus ou moins Vata, Pitta ou Kapha, 3) notre style de vie…yoga, méditation etc 4) des massages et des traitements. Notez que les massages et traitements ne viennent qu’en dernière position et que la deuxième est notre alimentation car les aliments sont aussi categorisés comme Vata, Pitta ou Kapha. Nous sommes ce que nous mangeons. Capito?

Et voilà les raisons de mes tensions nerveuses et émotionnelles. Trop de Vata et de Pitta. Je suis commandée par la sainte Dr Nishu de me reposer et avoir des « traitements » (massages) avec Jaya tous les jours et puis elle va me préparer des trucs aux herbes à boire matin et soir. Faut que j’arrête les histoires de bananes, riz et coco cola et manger normalement avec des légumes et des fruits, jelly-Delhi-belly ou pas. Comme quoi.

Donc je fais et ça marche. Il faut dire que ça fait du bien à se poser et ne plus avoir à planifier les bus, les trains, les étapes. Ça fait du bien à dormir dans le même lit trois soirs de suite. Ca fait du bien à dormir tout court! Ça fait aussi du bien à revoir les mêmes têtes qu’il y a deux mois…on se souvient de moi, c’est sympa. Et puis, les massages avec Jaya me font un bien inouïe bien sûre. Une heure de massage complet (on démarre moi assise sur le tabouret et elle me fait la petite prière, puis massage vigoureux de la tête etc etc), puis une heure de Sirodhara (petit rappel: ça c’est l’huile tiede qui est coulée de droite à gauche et de gauche à droite sur le front et qui fait des petits ruisseaux dans la cuir chevelu, le nirvana) est justement fait exprès pour se détendre. Ça marche 200%.

Après mes massages, je me repose comme une petite vielle, je marche tout doucement sur la plage et dans les environs et je me remets à manger normalement. Le soir avant de me coucher, et le matin au réveil, j’avale un potion au goût bizarre (mais pas désagréable) que Dr Nishu a concocté pour moi, et je mange des plats ayurvediques qui calment Vata et Pitta. Un des restos sur le front de mer de cette ville balnéaire s’appel The German Bakery…hein bien heureusement qu’il est là. Ils font des plats ayurvediques qui sont délicieux et c’est ma cantine pour cette semaine. En plus, comme le resto est en hauteur, on échappe les vendeurs de pareos et de nappes avec des éléphants brodés. Une petite vieille je vous dis.

Le mousson arrive, les vents apportent du sable noir, c’est une des signes paraît-il. Pas de bol (pour moi), c’est en avance cette année. Les surfeurs sont ravis et les louers de chaises longues se sont transformés en loueurs de bodyboard et surfboard. Le vent se lève, il fait moche et il se met à pleuvoir genre « Singing in the Rain » mais sans Gêne Kelly. C’est la fin de saison sur la côte, les boutiques se ferment, les plages et restaurants sont vides, il y a quelques touristes indiens et moi. Vous voyez un peu l’ambiance. Je veux bien regarder les pêcheurs sortir leur bateaux le matin pour déposer leurs filets et également être spectatrice du long travail de remontage des filets sur la plage mais au bout de deux ou trois fois c’est bon, c’est vu. C’est horriblement triste et je commence à tourner en rond. Au bout de trois jours et quatre nuits dans les mêmes draps la petite vielle se sent toute requinquée et a la bougeotte. Toujours trop de Vata, on dirait. Elle s’en fout. Il lui reste encore 5 jours avant de rentrer en France, y a bien quelque chose à faire/voir non? Un temple à visiter?

Il fallait s’y attendre…je boucle mon sac et je sors ma Routard…direction Madurai…

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Allons-y à Alleppey

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J’avais déjà des images d’Alleppey bien ancrées dans ma tête avant de venir. Une labyrinthe de « backwaters » – 1000km de lagunes et chemins d’eau qui se croisent et entre-croisent, bordées de jolies rives et rivages avec des petites maisons de pêcheurs. Si vous avez lu (et si vous n’avez pas lu, je vous conseille de le faire avant de mourir) « Le Dieu de Petits Riens » de Arundhati Roy, vous me comprendrez. En le lisant, j’avais l’impression d’y être.

Pour me rendre à Alleppey j’avais fait le voyage d’une heure et demie, souvenez vous…debout et en petite forme. Quand le bus s’arrête à Alleppey je suis soulagée mais sur les rotules et il n’est que 13h. À peine descendue du bus, les questions fusent… »rickshaw madame? » « you want a room? » « where are you from? ». Mes nerfs sont sur le vif, je veux m’assoir, je veux boire. Je me demande si cet épuisement arrive aux autres voyageurs ou qu’à moi?

Un restaurant avec une table dehors (on peut appeller ça une terrasse?), je commande un coca, mon boisson forcé depuis 10 jours. Je commence à regarder mon Routard à la recherche d’un guesthouse mignon, sympa, dans un endroit calme. Crampes abdominales qui me rappellent que tout n’est pas joyeux-joyeux la dedans non plus. Urgence. Vite, où sont les toilettes? On me dit que celles à l’intérieur sont que pour « urine » et si je veux faire autre chose c’est derrière. C’est le cas de le dire. Une femme m’envoie au fond d’une allée…et là bas une une autre femme pointe dans la direction d’une pièce sombre et douteuse qui me rappel les toilettes d’Antony Kumar de Pondycherry. Je lis l’expression de dégoût sur le visage de la femme qui disait « T’es sûre? À ta place j’irai ailleurs ». Je l’interroge… »No? Not good? Dirty? » Elle secoue la tête et je fais demi-tour. Mon sac à dos est toujours où je l’ai laissé et je demande à quelqu’un de le surveiller. Je trouve un hôtel bas de gamme à côté avec un restaurant au fond…et des toilettes correctes.

Des trucs comme ça ne sont pas bon pour le moral, je suis en train de dégringoler et il est grand temps que je me pose quelques jours pour me refaire une santé. Je décide sur mon guesthouse, au bord de l’eau avec des proprios super accueillants paraît-il. Le rickshaw me dépose à l’entrée d’un petit pont et me dit de suivre à pied le petit chemin au bord de l’eau qui m’emmènera à « Malayalam Lake Resort ». Le chemin est ravissant, de la verdure partout, de l’eau, du calme. Je sens bien cet endroit…! Quelqu’un m’appelle…Namaste! Joss m’accueille avec une grande sourire. il me montre deux chambres, les deux sont sympas mais c’est surtout l’extérieur qui est séduisante, la situation de ce petit guesthouse qui est extraordinaire juste posé au bord de l’eau dans un calme absolu ponctuée par le doux passage des houseboats élégants. Joss me suggère de poser mes affaires pendant qu’il me prépare un jus de ananas. Il parle doucement, il y a de la bienveillance dans son regard, il ne me bouscule pas et j’ai besoin de douceur. Je sens des larmes couler sur mes joues…j’ai besoin de lâcher ce tension qui monte en moi depuis quelques jours. Ça tombe bien, devant ma chambre, juste au dessus de l’eau il y a une petite paillotte suspendue au dessus de l’eau avec des nattes qui invitent à s’allonger…

Je passe l’apres-midi dans mon nid à somnoler et à regarder les houseboats passer devant. Je ne bouge pas d’un poil. Pour manger par contre il faut aller en ville, le guesthouse ne fait pas a manger. Je suis deçue, je ne voulais plus bouger pendant quelques jours. Je décide de faire une impasse, je n’ai pas les forces necessaire d’affronter la ville, meme si elle est petite, et de toute façon je n’ai pas très faim. Je discute avec quelques vacanciers. Ça fait du bien à discuter avec du monde, je me rends compte que ça me manque.

Le soleil se couche, la nuit tombe et c’est la fête pour les moustiques. C’est vrai qu’avec autant d’eau, ils doivent se marrer. Je rentre dans ma chambre et là horreur…des armées entières de moustiques cramponnées sur les murs et toute une congregation sur le moustiquaire qui sont certainement en train de faire un plan de bataille pour comment se rendre de l’autre côté. Je n’en ai jamais vues autant de ma vie…et c’est moi qu’elles attendent! Va falloir faire le ménage sous la moustiquaire et bien border le tout.

La nuit se passe bien, 1 – 0 pour moi. Le lendemain matin je me lève pour faire un tour de 4 heures sur les backwaters avec un couple Anglo-australian sur un petit bateau que nous avons loué de 6h30 à 10h30. C’est un pur bonheur de se laisser navigué tout doucement sur les eaux, être spectatrice du quotidien des autres…les femmes qui font leur vaisselle dans l’eau à la même heure, une grand-mère qui pêche le repas de midi, une petite fille qui fait la lessive comme sa maman, les agriculteurs cultivant dans les rizières…des gestes qui se répètent de génération en génération depuis des siècles. C’est très rassurant.

Le propriétaire de « Malayalam Lake Resort » s’appel Thomas et Joss est son cousin. Thomas et sa femme sont aussi doux et charmants que Joss…ça doit être de la famille. Ils ne vous posent pas une batterie de questions, ils ne vous envahissent pas. La famille de Thomas habite sur les terres de Malayalam Lake Resort depuis 250 ans. Je m’émerveille de cette appartenance à la terre et je les envie…surtout aujourd’hui quand je ne sais plus où j’étais ce matin et je sais encore moins où je serais ce soir. J’ai perdue pied et bon sens, je suis en totale déséquilibre. Et comme pour le prouver, je prends la décision de partir dans l’apres-midi et de prendre le train vers le sud…Trivandrum n’est qu’à 3 heures de train et peut être descendre à Varkala, station balnéaire spirituelle, ou peut être même aller jusqu’à l’aéroport de Trivandrum et tenter de prendre un avion pour Delhi. Je ne savais pas trop mais je voulais trouver un endroit comme ici mais qui servait à manger aussi. Ça c’est ce que je me vendais à moi-même et aux autres je disais que j’avais récupéré et que je voulais bouger. Je pense qu’ils ont vu que j’avais un peu perdue la raison mais étaient trop polis pour le dire.

Je remercie Joss, Thomas et sa femme qui sont aussi paisibles et accueillants que l’environnement qui les entoure et je pars à la gare comme un petit soldat mécanique qui ne sait plus s’arrêter…

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Fort Fatiguée à Fort Cochin

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Selon le Routard, le façon le plus sympa de se rendre de la gare de Ernakalum à Fort Cochin est en prenant le ferry. Genre celui de Kolkotta mais bien plus petit. Ok, on va faire ça alors. Je regarde le plan, ça n’a pas l’air très loin de la gare, ça ne doit pas être bien compliqué.

Les auto-rickshaw me sautent dessus quand ils me voient arriver… »rickshaw-rickshaw-you-want-rickshaw? » mais je les evite en les slalomant autour en annonçant fièrement que non je ne veux pas de rickshaw. Youpi, moi j’y vais à pied.

Qu’est ce que je peux être bête des fois, et cette fois c’était une de ces fois. Je tourne un peu en rond, personne ne semble pouvoir me dire où prendre le ferry, par contre on m’indique l’endroit pour prendre le bus. Ok, c’est parti pour le bus alors. Je montes à bord et le contrôleur n’était pas très sympa et j’ai des doutes qu’il va me savoir me dire quand je dois descendre. Je surveille la route et quand j’aperçois qu’une maison sur deux est un guesthouse ou « homestay » – comment on les appel ici – je décide que je suis dans le bon quartier et je descends du bus. Le Routard n’était pas très enthousiaste sur les adresses à dormir à Fort Cochin, mais j’ai cochée une. J’essaye aussi bien que mal à m’orienter dans la rue. Les rickshaw tournent autour de moi comme des vautours. Je suis une proie évidente…femme seule, blanche, chargée comme une âne, Guide du Routard dans une main et l’air plus-qu’à-moitié-achevée. Je termines par céder à un, et à peine monté dedans il veut me vendre le guesthouse de « sa sœur ». Il me saoule et j’insiste qu’il me dépose à Das Residence en face de l’école St Thérèse selon le guide. Le rickshaw me dit que c’est loin, à 1km, on decide un prix…et c’est plutôt 300m. Ca m’énerve de me faire rouler dans la farine encore une fois, mais bon j’y suis et cest déjà ça de gagné. Je suis fatiguée après ma nuit blanche dans le Sleeper et je suis contente de pouvoir poser mes affaires en espérant que l’endroit est accueillant.

Das Residency n’a rien qui me plaît sauf que c’est propre. Une chambre avec des fenetres aveugles, carrelage au sol, pas de serviette, pas de drap de dessus. Je sens que je suis la seule résidente et je n’aime pas ça mais je suis trop exténuée de chercher ailleurs donc je me débarrasse de mes affaires et je me douche. Le propriétaire commence à vouloir me vendre des excursions pour voir les plantations de thé, une spectacle de Kathakali danse le soir…ok pour le spectacle et je dis non pour le thé car c’est trop loin. Il n’est pas content, et est un peu grognon, mais moi aussi, je commence même à me sentir sur les nerfs. Je n’ai toujours pas digérée mes changements de parcours…d’abord à Mumbai quand je voulais partir vers Jaipur et puis à Goa pour aller à Hampi et Mysore. Fatigue + déception/colère + virus intestinale + chaleur (37°) + faim+ soif + mes ragnagnagnas…ça vous donne une idée de l’énergie que je devais dégager.

Je sors dehors pour faire un tour et je découvre deux centre villes…un complètement indien, le brouhaha habituel…et un autre qui ressemble à un petit village anglais avec des petites maisons roses et vert pâle et une architecture typiquement british ou hollandais. Il y a des guesthouse mimi comme tout et normalement j’aurai fait demi-tour pour déménager, mais je voulais m’assoir et boire quelque chose de glacé. Le Routard est plus enthousiaste sur les restos et salons de thé et grâce à lui, je trouve Tea Pot…un salon de thé super joli qui sert aussi à manger.

Je continue ma petite tour de la ville et je regarde les pêcheurs essayer de recuperer des poissons avec leurs énormes « Chinese fishing nets ». On m’appelle pour que je m’approche pour prendre des photos mais ils demandent « une donation ». Je laisse tomber, tant pis, j’en ai marre d’être regardé comme une porte-monnaie. Deux hommes essayent (très poliment) de m’arrêter dans la rue…sûrement avec une finalité pour me vendre quelque chose. Je leur jette un regard noir en leur prévenant que je suis de très mauvaise humeur. Ils s’écartent comme si j’avais annoncé que j’avais la lèpre.

Le soir j’assiste à la charmante spectacle de Kathakali, la danse typique de coin. Il fallait même arriver une heure et demie avant le début du spectacle pour assister à la séance de maquillage des personnages. Chacun se maquille lui-même sauf pour des applications particulièrement compliquée. Les couleurs du maquillage sont complètement naturels et sont obtenus en mélangeant de l’huile de noix de coco avec des pierres spécifiques (une rouge, une jaune, une noir). On nous a ensuite expliqué la complexité des gestes et mimiques de ce danse très expressif…par les yeux, les sourcils, les joues, la bouche et les mains. Il faut 6 ans pour former un danseur de Kathakali…il doit apprendre la musique (les instruments), le chant, et tous les gestes pour faire ce danse. Les gestes de main s’appellent les « mudras » comme les gestes de main en yoga. Les costumes sont également très belles et je suis sous la charme.

Le spectacle de danse était suivi par un spectacle de musique indien du nord…avec le sitar. J’avais envie de rester, mais il était 20h, j’avais faim…et je n’avais pas encore fait dodo. Je décide de venir pour le cours de yoga et méditation qui a lieu demain à 9h15 et si c’est vraiment bien, peut être je resterai quelques jours ici.

Le lendemain matin je m’apprete à sortir pour mon cours et mon propriétaire me demande si je reste encore une nuit. Non, je lui dit, je pars aujourd’hui à midi juste après mon cours de yoga. Check-out est à 11h il m’annonce. Je ne pourrais pas aller à mon cours alors? Non, il n’a rien a taper. Je suis furieuse, sa guesthouse est vide, qu’est ce que ça peut lui faire une heure de plus? C’est décidé je quitte cette ville mais d’abord je dois déjeuner. Je trouve un endroit dans un petit jardin avec un hôte charmant qui m’explique comment trouver le bus qui va m’emmener au station de bus pour Alleppey ma prochaine destination.

Mes affaires sur le dos, je prends un premier bus qui me dépose à l’arrêt pour Allepey qui est à 1h30 d’ici en bus. Une heure trente en bus, c’est du pipi de chat. Le bus arrive, je monte à bord…c’est bondé, et cette fois je suis debout. Sauf que j’ai un sac sur le dos et un autre sur le ventre. Je ne vais jamais tenir 1h30 comme ça. Le chauffeur de bus conduit comme un maniaque…les deux pieds sur l’accélérateur, main scotchée sur le Klaxon et quand il était obligé de freiner il ne le faisait pas à moitié. Tout doucement je commence à éplucher le « petit » sac de mon ventre et j’arrive à le caser dans une espace près du toit. Le sac à dos est tout autre chose car on est serré comme des sardines et il n’y a pas de place. Je le pose au dessus d’une valise d’un vieux monsieur qui est assis mais il n’est pas content parce qu’il dit que mon sac écrase sa valise. N’importe quoi. Je ne me sens pas bien, trop de chaleur, trop de gens, je me sens « claustro »…je suis vraiment trop crevée, je puise dans mes réserves depuis quelques jours et je le sais…vivement Alleppey…

 

 

Le Train-Train d’une (pseudo) Baroudeuse Fatiguée

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Quand le train qui devait m’emmener de Madgaon (Goa) à Cochin (Kerala) arrive en gare, ma morale…qui était déjà en berne depuis avoir été obligé de quitter le nord et mes histoires de Delhi-belly…plonge encore un coup. Comme d’habitude, le train n’était pas dans ses premiers années mais la classe « sleeper » (4ème classe sur 5) me semblait encore plus glauque que d’habitude. C’était peut être parce que cette fois-ci c’était pour moi. Pour la première fois je me demandais pourquoi je m’infligeais tout ça et pourquoi je ne prenais pas l’avion ou une voiture privée puisque financièrement c’était tout à fait dans mes moyens. Je décide de monter à bord et redescendre aussi vite si je ne la sentais pas – sans vraiment définir les raisons de rester ou de partir.

Je récapitule pour vous les classes de train en Inde : il y en à 5 en tout: 1 AC: 4 par compartiment fermé avec porte, clim’, draps, serviette. Petit déjeuner proposé. 2 AC: 4 par compartiment avec rideau, clim, draps, parfois serviette. 3 AC: 6 par compartiment avec rideau, clim’, draps. Sleeper (c’est surtout ce qu’il n’y a pas qui compte): 6 par compartment, pas de vitres, pas de clim’, pas de rideau, pas de draps, pas de porte qui sépare les toilettes de la couloir, pas de poubelle. No reservation: comme les sleeper mais bien pire encore car pas de quoi s’allonger, juste des places assises pour les plus chanceux, sinon c’est debout, assis ou couché sur le sol. Ceux qui l’ont « fait » s’en souviennent. En ce qui concerne les classes 2AC, 3AC, et Sleeper il existe aussi des places le long du couloir avec 2 couchettes, un au dessus de l’autre et la couchette du bas se transforme en 2 sièges face à face pendant la journée. La classe Sleeper n’est vraiment pas cher (je comprends pourquoi) , et pour vous donner une idée, le trajet de 17 heures entre Goa et Cochin ne coûte que 600 roupies…8€50.

Donc faute de place dans toutes les classes AC j’étais en Sleeper. Je monte à bord et on me regarde comme une bête curieuse, mais ça j’ai l’habitude maintenant et ça ne me dérange pas plus que ça. Les indiens « fixent » avec leur regard (et quel regard intense) les occidentaux car sauf dans les sites et endroits vraiment touristiques, on n’en croise pas énormément. Je découvre mes compagnons de voyage : un jeune couple, un homme de 45 ans environ, un jeune qui reste assis sur sa couchette du haut et une femme qui ne parle pas un mot d’anglais mais me fascine car elle est arrivé dans le compartiment avec ses cheveux trempés et peignés comme si elle est venait de les laver. Mais où est elle allée faire ça? Et comment? Dans le couloir en face il y a un jeune couple, frère et sœur ou jeune mariés, c’est difficile à différentier les deux car les hommes et les femmes entre eux ne montrent jamais en public des signes d’affection. Je décide d’arrêter de râler (à moi toute seule) et de rester. Après tout, je râlais en partie parce que je trouvais que le sud semblait fade après le nord. Donc voici de quoi pimenter mon voyage et c’est juste un expérience de plus, je ne vais pas en mourir et apres tout, si c’est assez bien pour ces jeunes gens c’est assez bien pour moi. Voilà.

Je dis mon « Namaste », une sourire et un petit « coup » de la tête, je pousse mon gros sac sous la banquette et je me pose en face des jeunes. Tout le monde continue à s’étaler et garde leurs pieds nus sur « ma banquette ». Ils sont à l’aise, ça ne fait de mal à personne et mes sensibilités occidentales me font sourire. Je me mets à l’aise aussi et décide de casser la glace et d’ouvrir la « conversation » avant qu’on me pose l’inévitable question de où je viens. Les jeunes ne parlent que quelques mots d’anglais mais j’apprends qu’ils sont frère et sœur de 20 et 21 ans. Ils vont descendre du train en plein nuit à 3h du matin. Ensuite ils vont attendre leur bus qui arrive à 5h pour faire encore deux heures de trajet avant d’arriver à leur destination. Ça n’a pas l’air de les effrayer, les stresser ou de les énerver, c’est normal et ils semblent heureux comme ça. Ils rigolent entre eux, ils sont mignons ces deux. C’est eux qui sont dans la photo juste au dessus.

Le monsieur de 45 ans me parle…il parle bien anglais. Ça y est…les questions habituelles : d’où je viens? Je voyage seule? J’ai de la famille? Où sont ils? Les âges de mes enfants? Leur sexe? Est ce que c’est ma première fois en Inde? Je réponds et il distribue mon CV à tout bon entendant. Comme ça c’est fait. De mon tour je lui pose aussi les mêmes questions (sauf la dernière), on se sourit, tout va bien.

Le couloir est très animé, des marchands vous proposent à des trucs à manger dans des barquettes en alu, à boire, l’inévitable thé Chaï, des bonbons, des parfums…et quelques enfants-mendiants. Faire de la manche en « Sleeper » n’est pas très futé quand même mais je crois qu’ils sont refouler à l’entrée dans les classes avec AC. Je donne un paquet de biscuits à un enfant qui rampe sur ses fesses avec la main tendue, mais ça n’a pas l’air de l’exciter plus que ça. Il l’arrache de ma main et regarde le paquet avec mépris. Les autres l’ignorent et il s’en va en rampant, la main tendue…

Le train repart et c’est l’heure de dîner et tout le monde chez moi s’installe avec leur barquette en alu avec leur riz-curry sur leur genoux et moi avec ma banane. Je dois faire pitié car tout le monde me propose de partager leur repas. Quelle générosité et sens de partage extraordinaire. Pour mettre personne dans l’embarras, je refuse poliment en expliquant que j’avais dîné avant. Grosse mensonge, mais je ne voulais pas leur faire encore plus pitié avec les raisons de ma régime imposée. Dîner terminé, on fait quoi avec les barquettes, couverts et bouteilles en plastique? On est en Sleeper, il n’y a pas de poubelles, il n’y a pas de vitres, donc n’y a qu’à tout balancer par la fenêtre du train. Mais bien sûre, j’étais bête de ne pas y penser. Tout le monde le fait sans se poser le moindre question. La touriste reste bouche bée et se dit qu’il est temps qu’ils mettent des vitres en Sleeper.

Allez dodo! La femme me fait signe qu’elle veut se coucher et comme elle est juste au dessus du moi (j’ai piochée couchette du bas) il faut qu’on abaisse sa couchette ce qui fait que je ne pourrais plus m’assoir donc suis obliger de me coucher aussi. Je me glisse dans mon petit « sac à viande » (mais pourquoi on les appel ainsi???) en soie écru de Décathlon (ça fait très chic en sleeper) et je m’allonge coté tête vers la fenêtre – je ne peux pas dire vitre parce qu’il n’y en a pas -, et je me rends compte que ça va être un miracle si je dors vu le bruit du train et surtout l’odeur du fumée qui rentre dans la gorge et les poumons. Puis je reconnais un autre odeur…l’odeur nauséabond des toilettes (que je vais être obligée de visite une fois mais je vous épargne les détails…de toute façon, je plisse les yeux pour ne pas trop voir et je fais de l’apnée le temps qu’il faut) et je suis bien écœurée. Y en a marre. Je fais une petite boule avec mon drap et je mets mon nez dedans pour filtrer le plus possible. La nuit va être longue…

Les autres descendent en plein milieu de la nuit comme prévue et ils ont même la gentillesse de me dire au revoir. D’autres les remplacent, 3 mecs bien bruyants comme s’il est 10h du matin. Mais je sais qu’ils ne sont pas une exception, tout le monde ici fait pareil. La première fois que ce m’est arrivé, , j’envoyais des grand « chuuuuuuts » mais tout le monde s’en foutait et continuait à rire, parler au téléphone, discuter entre eux. Maintenant je sais que c’est comme ça et tant pis pour moi si je n’arrive à plus s’endormir après. Le mec en face de moi n’a aucun problème pour s’endormir et se met à ronfler que seulement le bruit du croisement avec un autre train arrive à couvrir.

Quand le jour se lève, les mecs continuent à dormir – avec effet sonores – et le train s’arrête dans des petites gares. C’est l’heure pour les vendeurs de chaï à monter à bord pour nous vendre toutes sortes de petit déj. Le jeune couple dans le couloir s’active…brossage des dents, elle refait sa natte de cheveux. Je demande la permission de la prendre en photo, son frère/mari trouve cela amusant.

Les mecs se réveillent, terminus pour tout le monde. Il est 11h et on arrive (enfin) dans la gare de Ernakalum qui est celle qui dessert Fort Cochin qui est dans l’état du Kerala. Je n’ai jamais été aussi heureuse à descendre d’un train et je ne suis pas d’une première fraîcheur, maintenant il faut trouver un guesthouse pour poser mes affaires…

 

 

 

Going Going Goa!

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Le train de nuit de Mumbai à Goa arrive à la gare de Madgaon à 10h45. J’ai attrapé un « Delhi-belly » à Varanasi et il y a des meilleurs endroits pour avoir des soucis intestinaux que dans un train en Inde mais c’est mieux que dans un bus. Il faut donc que j’accepte de me poser quelques jours et me soigner. Dans le train je fais mes devoirs de lecture sur Goa dans le Routard (j’ai égaré mon Lonely Planet quelque part à Mumbai) et une fois que j’ai compris que les plages du nord sont plus boum-boum je décide de me diriger vers les plages du sud, qui sont plus calmes pour les vieilles croûtonnes comme moi.

Au cas où vous n’êtes pas au courant, Goa n’est pas une ville, mais un état – le plus petit de l’Inde. Il n’y a même pas une ville qui s’appelle Goa. L’état est surtout connu pour ses plages magnifiques qui longent la côte sur 150km. Et selon le Routard, il y en a pour tous les goûts. Patnem Beach dans l’extremité du Sud de Goa me parait bien, petite et calme. Pour y aller : deux heures de bus local de la gare. Ils disent 1h15 mais c’est bien deux heures avec la circulation et tous les arrêts.

Le bus est bondé a bloc de début à la fin et j’ai eu la chance d’être parmi les premiers a monter à bord et avoir une place assise. Trajet horriblement chaud, je ne sais pas comment ces braves gens supportent ça tous les jours. De temps en temps on entend du fond du bus un sifflement de doigts, comme pour appeler un taxi…mais ici c’est la signe que quelqu’un veut descendre…le bus s’arrete, mais pas longtemps. Je ne sais pas comment je vais faire pour descendre. Je sais siffler des doigts, mais franchement je ne me vois pas le faire ici. La jeune fille à côté de moi me fait signe quand c’est mon arrêt et là la lutte pour sortir du bus commence…je dois hurler, pousser et batailler (et probablement taper) afin que le chauffeur s’arrête et attende que je descende avec mes deux sacs. Disons que ce n’était pas une descente en élégance et je pense que mes cours de boxe-française m’ont aidés à tracer un chemin parmi le peuple.

La « petite » plage est magnifique. J’imaginais une crique, mais j’avais oublié, je suis en Inde et l’échelle de ce qui est grand et petit n’est pas la même qu’à Ibiza. En tout cas, si Patnem est petite, je ne peux qu’imaginer la taille et la beauté des plages plus connus au nord de Goa. Patnem reste encore très low-key et ça sent bien la fin de saison car la plage et les guesthouses sont quasi déserts. Je ne sais pas si c’est le cas des autres plages, mais ici la clientele est presque exclusivement anglais. Surtout depuis un mois, il parait. Je me pointe vers un qui s’appelle Home. Déjà le nom me plaît. Très joli déco simple blanc et bleu, nickel, dans mes prix, tenu par un couple d’anglais. Je m’y sens bien et c’est là que je vais me poser pour 3 nuits le temps de reposer mes intestins, manger des bananes et (essayer de) tracer une itinéraire.

En Inde, à peine arrivée dans une ville, il faut organiser sa sortie. Ça peut prendre beaucoup de temps s’il n’y a pas le Wifi, des coupures de Wifi (c’est le cas ici), et/ou les trains sont complets (idem bien sûre). Essayer de bouger pendant les vacances scolaires est très compliqué et je passe une journée d’énervement parce que je suis obligé de faire des écarts dans mon itinéraire. J’ai beau le tourner dans tous les sens, je suis obligée d’adapter mon planning et renoncer à Hampi et Mysore. La prochaine fois. Les plus organisés préparent les trajets en train des semaines à l’avance quand il y a les vacances scolaires…j’ai beau dire que ça enlève le fun, au moins ils ont les trains qu’ils veulent. Il y a bien sur une autre option, de monter dans les wagons qui sont libres de réservation, mais non…roots je veux bien, mais roots près de la surface, bobo-roots.

Je passe donc la première moitié de la premiere journée à organiser les jours qui suivent et la deuxième moitié sur la plage à pester toute seule dans ma tête. Je m’ennuie un peu ici et c’est vrai qu’encore une fois (l’autre c’était à Auroville), ici j’ai n’ai pas l’impression d’être en Inde. Mais les crampes de mon Delhi-belly me rappellent à l’ordre. Pas bouger!

Le deuxième jour? Je n’en peux plus et je loue une voiture avec chauffeur pour aller visiter Gokarna, petite ville sur la coté plus au sud que Goa, dans l’état de Karnataka. Les routes de Goa sont bonnes et il faut 2 heures pour faire les 50km. Gokarna était bien noté dans les guides…petite ville balnéaire, mais aussi lieu de pèlerinage avec plein de temples dans le village qui est bien mignonne. Ils suggèrent même d’y rester. Bonne idée, je vais bouger d’ici. Je fais mon check-out et Julie la propriétaire anglaise me dit « Gokarna? Une journée oui mais pas plus. Je garde ta chambre, je suis sûre que tu reviendra. »

La route pour aller à Gokarna est très jolie, avec des hauteurs et collines. C’est agréable de quitter la plage où on pourrait être n’importe où dans le monde. On traverse des beaux paysages avec des très jolies vues sur la côte. Le village de Gokarna est assez jolie, un mélange entre les pèlerins et quelques européens avec des dreadlocks et même quelques déchets des années 60. Les temples sont jolis mais me sont fermées. Je n’ai pas encore compris pourquoi je peux visiter certines temples et pas d’autres. Je fais un petit tour vite fait du village mais le soleil cogne et j’ai envie de voir les guesthouses. Chercher les guesthouse, visiter les chambres, me fait toujours des petits frissons de plaisir…surtout quand on déniche des petites perles. Ce sont des « chez soi » pour une ou deux nuits uniquement, mais j’eprouve un reel plaisir à inspecter et m’approprier une chambre. Même la chambre numéro 11 si triste et moche au centre de Vipassana à Chennai était devenu un chez moi. Je pense que c’est pareil pour tout le monde.

Direction plage. Gokarna ça veut dire « oreille de vache » et la ville a son nom parce que la plage est en forme de lobe d’oreille….et comme Shiva est censé d’être sorti d’oreille d’une vache, ça vous donne une idée pourquoi le village reçoit autant de pèlerins.

À la plage, déception. Pas de jolis guesthouse, mais plutôt des gamins piercés et tatoués en train de fabriquer des colliers de perles et fumer avec des hippies qui ont vus des meilleurs jours. Julie avait raison, sympa certes, but not for me. Un petit tour et je m’en vais.

L’heure de la sieste dans la village de Gokarna…

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Une des temples avec l’inévitable vache. Ah ces sacrées vaches qui se font respectées, nourries, dorlotées par tout le monde. Elles errent dans les rues et les ruelles, sur les trottoirs quand il y en a, devant les magasins et maisons, elles mangent les ordures, on les donnent les restes de midi, on les décorent avec des fleurs jaunes – mais fleurs jaunes aussi pour les vélos, les voitures, les temples, les cheveux des femmes, les panneaux, les dieux, les morts, et j’en passe – et elles se font enterrer quand elles meurent, pas brûlées comme le commun des mortels. Elles font ce qu’elles veulent elles, personne, jamais personne va les gronder, les pousser, et surtout (pour la plupart des Hindu) les manger. Être réincarner en vache en Inde est un bon plan.

On se lave avant d’entrer dans le temple.

Des visages dans un mini-bus. Le joie de vivre de ce peuple indien est une belle leçon de vie. Il ne faut pas grand chose pour leur faire sourire et ces petits moments de partage rendent les journées tellement plus belles et douces. Ils me confirment que notre bonheur (et malheur) est en nous et non pas a l’extérieur et que chacun(e) de nous a la possibilité de choisir d’être heureux…ou pas. Le Vipassana travail sur ca aussi. C’est une philosophie de vie si simple et nous restons dans la cercle de la négativité, la morosité et la « self-pity » en espérant que la réponse viendra de l’extérieur.

Sur le chemin de retour, j’ai traversé plusieurs villages où les femmes étaient dehors avec leurs jattes et pots pour attendre le livraison du camion d’eau. Cette photo est la seule que j’ai pu prendre faute d’avoir chargé la batterie, mais essayez d’agrandir la photo pour voir les visages et sourires magnifiques.

J’ai également assister (brièvement) à un mariage local. Des gens très simples, mais les deux mariés ressemblaient à un prince et princesse sortis d’un livre des comptes. Les fleurs, les couleurs et la musique étaient de rigueur, c’était splendide.

Ce soir je remonte vers Madgaon pour prendre un train à 19h direction Cochin (prononcer « Cotchine ») qui est dans l’état de Kerala. C’est un train lent, j’arriverai vers 10h demain matin et je suis « down-graded » dans la classe « sleeper »…pas de fenetres fermées (donc no air-con), pas de rideaux et 8 dans une compartment. Cest tout ce qu’il y avait de libre. Faut juste ésperer que le Delhi-belly ne m’accompagne pas cette fois…

À partir de Cochin je me suis donné 2 possibilités pour la suite complètement différents…